Fiche du texte

La Vénus d'Ille

Prosper Mérimée

Je descendis les derniers, et je vis, à la lueur des flambeaux, la Vénus d’airain au milieu du vestibule, toute ruisselante d’eau, les yeux caves, la bouche entrouverte, les cheveux dénoués, belle comme dans l’antiquité. Je m’arrêtai un instant, je l’avoue, avant de passer près d’elle. Je me contentai de la saluer d’un geste, et M. de Peyrehorade me dit : « Belle statue, hein ! Elle mériterait bien qu’on lui donnât un autre baiser. »

Le trait satirique du cicérone me fit oublier la frayeur que m’inspirait la statue. Je me mis à rire avec lui, et nous montâmes à l’appartement qui m’était destiné.

…

Le lendemain, au point du jour, on vint frapper à ma porte. C’était M. de Peyrehorade, en robe de chambre. « Debout ! Parisien ! s’écria-t-il en chaussant ses pantoufles. Voilà bien les paresseux de la capitale ! Il est six heures, et vous êtes encore au lit ! Moi, je suis sur pied depuis cinq heures. Voilà trois fois que je monte ; je me suis approché de votre porte sur la pointe des pieds : personne, nul signe de vie. Cela fait mal à votre âge de trop dormir. Et ma Vénus que vous n’avez pas encore vue ! Allons, levez-vous vite, et donnez-moi la main jusqu’à mon bosquet. Jamais vous ne m’avez promis de venir la voir au petit jour. Elle est là, vous dis-je. Vous nous trouverez prêts à déjeuner quand vous voudrez. Mais allons, de la vigueur ! »

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Littera