(Une chambre d’adolescent. Des cartons sont ouverts, des affaires traînent. LOUIS, 15 ans, range des livres dans un carton. Sa mère, ANNE, entre avec une pile de vêtements.)
ANNE : Alors, ça avance ? Je pensais que tu aurais fini ta bibliothèque. LOUIS (sans enthousiasme) : Ça avance. Je jette tous ces vieux cahiers de quatrième. ANNE : Attends, laisse-moi voir. (Elle s’approche et prend un cahier.) Oh, ton cours sur la Révolution française… avec ces dessins dans la marge. LOUIS : C’était ennuyeux, je dessinais. (Anne fouille dans le carton, sort un objet.)
ANNE : Et ça ? Tu veux vraiment le jeter ? (Elle tient un vieux cartable usé, un bleu délavé avec une bande réfléchissante écaillée.)
LOUIS : Ce vieux truc ? Bien sûr ! Il est moche et il sent le moisi. En plus, il est trop petit. J’en ai un neuf pour le lycée. ANNE (le caressant) : C’était ton premier cartable de « grand ». Pour l’entrée en sixième. Tu étais si fier. LOUIS (hausse les épaules) : J’avais onze ans. ANNE : Tu voulais absolument celui-là, avec cette poche secrète pour ton « trésor ». Tu y cachais des billes, je crois. LOUIS (s’arrête de ranger) : Et des cartes Pokémon… ANNE : Il a fait tous ces trajets, tous ces jours de pluie et de soleil. Il a contenu tes découvertes, tes déceptions, tes bonnes notes et tes bulletins moins glorieux. (Un silence.) Ton père l’avait réparé, tu te souviens ? La sangle avait lâché en cinquième. LOUIS (voix plus douce) : Oui… il avait sorti sa vieille machine à coudre. Il avait l’air si concentré. (Il prend le cartable des mains de sa mère.)
