Le 6 novembre, à midi précis, le capitaine Nemo, suivi de son second, parut. Il jeta un coup d’œil sur le compas, sur le baromètre, et, s’adressant au timonier :
« Quelle route ? demanda-t-il.
— Sud-sud-est, monsieur le capitaine, répondit le timonier.
— Bon. »
Et le capitaine Nemo donna l’ordre de mettre le cap au large.
Le Nautilus, doublant la pointe de l’île, s’engagea dans la pleine mer.
Je me tenais à l’arrière, près du gouvernail. Le capitaine Nemo vint s’appuyer près de moi et regarda silencieusement cette mer qu’il avait tant parcourue.
« Ainsi, dis-je, après quelques instants, vous naviguez, capitaine, dans des parages que vous connaissez ?
— Oui, monsieur le professeur, répondit-il, je connais cette mer comme si elle était dessinée sur une carte. Voyez cette côte : elle est aussi familière à mes yeux que les rues de ma ville natale. Ici, nous sommes à l’entrée du grand courant océanique qui baigne les côtes de l’Europe. Regardez ce compas : il indique la route que nous suivons. Regardez ce baromètre : il m’annonce le temps qu’il fera. Regardez cette lunette : je puis observer les moindres détails de l’horizon. Tout cela, monsieur, est pour moi un livre ouvert, un livre que je lis couramment. »
Le capitaine Nemo parlait avec une sorte d’exaltation. Ses yeux brillaient d’un feu singulier. Il semblait transformé.
« Vous aimez la mer, capitaine ? demandai-je.
