Je me trouvais sur la terrasse, entre la maison et la tourelle, attendant Henriette, qui m’avait prié de l’accompagner à la promenade. Elle vint, vêtue d’une robe de percale bleue, à mille raies, garnie de franges, et coiffée d’un de ces chapeaux de paille, dits à la bergère, dont les larges rubans flottaient sur ses épaules. Elle avait à la main un petit parasol de soie rouge, doublé de blanc, qui, relevé sur sa tête, donnait à son visage cette teinte chaude et animée que les peintres aiment. Son corps, souple et cambré, avait des mouvements d’une grâce infinie ; sa taille, prise dans un corset à la mode d’alors, dessinait ces belles lignes serpentines qui commençaient à la tête, passaient par le col et les épaules, s’arrondissaient sur les hanches, et se terminaient par la pointe des pieds, en décrivant des courbes toujours renaissantes. Elle était là, devant moi, dans toute la splendeur de sa beauté, de sa jeunesse, de son bonheur. Jamais je ne l’avais vue si belle. Ses yeux bleus, ordinairement si calmes, étincelaient ; son teint, d’une blancheur de lis, était animé par la marche et par le plaisir secret qu’elle éprouvait à se promener avec moi. Elle souriait, et ce sourire, qui découvrait ses dents d’un émail parfait, avait quelque chose de céleste. Elle était heureuse, et son bonheur me gagnait. Je sentais mon cœur battre à coups pressés ; une joie folle s’emparait de moi. Je ne savais que lui dire ; je la regardais avec une admiration muette.
— Eh bien ! me dit-elle en riant, vous ne me dites rien ? Vous avez l’air d’un homme qui médite un grand projet.
— Je médite, en effet, répondis-je, mais ce n’est pas un projet.
— Quoi donc ?
— Je me demande comment il se fait que vous soyez si belle aujourd’hui.
