Fiche du texte

Eugénie Grandet (extraits)

Honoré de Balzac

Monsieur Grandet avait acheté, vers 1811, une magnifique propriété, consistant en vignes, prés et fermes, d’une valeur d’environ trois millions. Il habitait une maison sombre, silencieuse, froide, située en haut de la ville, et abritée par les ruines des remparts. Les portes de cette maison étaient en chêne massif, brunes, fendillées, garnies de clous énormes dont les têtes figuraient des flammes. La salle, espèce d’antichambre pavée en dalles blanchies à la craie, était meublée de chaises de paille et d’une table de noyer verni. Sur la cheminée en pierre blanche, ornée d’un vase rempli de fleurs artificielles sous un globe de verre, se trouvait une horrible pendule en écaille incrustée de cuivre. Cette pièce, qui sentait le renfermé, le moisi, le froid, était éclairée par deux fenêtres donnant sur la rue et garnies de rideaux en toile rouge à franges jaunes, maintenus par des cordons de soie. Le parquet, composé de carreaux gris, était frotté par Nanon, la servante, tous les samedis. Enfin, les murs, peints en gris, présentaient des panneaux où se dessinaient des paysages mythologiques. Telle était la salle où se tenait la famille Grandet.

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