Fiche du texte

Sans famille

Hector Malot

**Extrait du Chapitre 1 : « Chez mon père adoptif »**

Je suis un enfant trouvé.

Mais jusqu’à huit ans, j’ai cru que, comme tous les autres enfants, j’avais une mère, car, quand je pleurais, il y avait une femme qui me serrait dans ses bras avec tant de tendresse que mes larmes s’arrêtaient de couler.

Je ne quittais jamais la maison où je demeurais avec cette femme que j’appelais maman, sans qu’elle m’accompagnât ou me regardât du seuil de la porte, en agitant la main.

Quand je revenais de l’école, elle me faisait m’asseoir près du feu, si c’était l’hiver, ou sur le pas de la porte, au soleil, si c’était l’été, et elle me donnait une tartine de confiture ou de beurre que je mangeais pendant qu’elle travaillait.

Je lui racontais ce qui s’était passé à l’école ; elle m’écoutait, et elle me répondait par de petits sourires ou de petits hochements de tête qui me disaient toujours qu’elle s’intéressait à mes histoires.

Le soir, avant de m’endormir, elle venait m’embrasser dans mon lit, et, par les nuits froides, elle restait longtemps à réchauffer entre ses mains les miennes.

J’avais des camarades qui étaient battus par leurs parents ou par ceux qui les élevaient ; moi, jamais maman Barberin ne me frappait ; jamais elle ne me grondait.

Aussi l’aimais-je de tout mon cœur, la pauvre femme, et j’étais heureux, bien heureux.

Malheureusement, le bonheur ne devait pas durer.

Un jour de novembre, maman Barberin était assise devant la table, en train de me coudre une veste dans un vieux jupon de laine, lorsque la petite cloche du jardin tinta.

— Qui peut venir ? dit-elle. Va voir, Rémi.

C’était le jardinier du village qui apportait une lettre.

Maman Barberin prit la lettre, la tourna, la retourna, puis enfin elle l’ouvrit après avoir mis ses lunettes.

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