CHAPITRE I – UNE MAISON DÉSOLÉE
Par un froid matin de novembre, deux enfants, André et Julien, se tenaient debout devant la porte de leur petite maison, à Phalsbourg, en Lorraine. Leur père, qui était leur seul soutien, venait de mourir après une longue maladie, et ils se trouvaient seuls au monde, sans autre parent qu’un oncle qu’ils n’avaient jamais vu et qui demeurait à Marseille, tout au bout de la France.
André, l’aîné, avait quatorze ans ; il était sérieux et réfléchi comme un homme. Julien, son frère, n’en avait que sept ; il était vif, espiègle, et se fiait en tout à André. Tous deux regardaient tristement la route blanche de givre qui s’étendait devant eux.
« Que deviendrons-nous, André ? demanda le petit Julien en serrant la main de son frère. — Il faut être courageux, Julien, répondit André. Le père nous a dit avant de mourir : « Allez trouver votre oncle Frantz à Marseille. C’est un bon parent ; il vous accueillera. » Nous allons donc partir pour Marseille. — Mais c’est si loin ! Et nous ne connaissons pas le chemin. — Nous le demanderons, et nous travaillerons en route. J’ai appris avec le père à lire, à écrire et à calculer ; cela peut nous être utile. Et puis, vois-tu, Julien, la France est un beau pays ; en la traversant, nous apprendrons à la connaître. »
André parlait avec une fermeté qui cachait mal son inquiétude. Dans sa poche, il serrait le peu d’argent qu’il leur restait et une vieille carte de France que leur père aimait à consulter. C’était leur seul trésor.
Ils firent un petit paquet de leurs hardes, et après avoir jeté un dernier regard attendri sur la maison où ils avaient été si heureux avec leur père, ils se mirent en route, la main dans la main.
