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Le Tour de la France par deux enfants

G. Bruno 4 min de lecture
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CHAPITRE I – UNE MAISON DÉSOLÉE

Par un froid matin de novembre, deux enfants, André et Julien, se tenaient debout devant la porte de leur petite maison, à Phalsbourg, en Lorraine. Leur père, qui était leur seul soutien, venait de mourir après une longue maladie, et ils se trouvaient seuls au monde, sans autre parent qu’un oncle qu’ils n’avaient jamais vu et qui demeurait à Marseille, tout au bout de la France.

André, l’aîné, avait quatorze ans ; il était sérieux et réfléchi comme un homme. Julien, son frère, n’en avait que sept ; il était vif, espiègle, et se fiait en tout à André. Tous deux regardaient tristement la route blanche de givre qui s’étendait devant eux.

« Que deviendrons-nous, André ? demanda le petit Julien en serrant la main de son frère. — Il faut être courageux, Julien, répondit André. Le père nous a dit avant de mourir : « Allez trouver votre oncle Frantz à Marseille. C’est un bon parent ; il vous accueillera. » Nous allons donc partir pour Marseille. — Mais c’est si loin ! Et nous ne connaissons pas le chemin. — Nous le demanderons, et nous travaillerons en route. J’ai appris avec le père à lire, à écrire et à calculer ; cela peut nous être utile. Et puis, vois-tu, Julien, la France est un beau pays ; en la traversant, nous apprendrons à la connaître. »

André parlait avec une fermeté qui cachait mal son inquiétude. Dans sa poche, il serrait le peu d’argent qu’il leur restait et une vieille carte de France que leur père aimait à consulter. C’était leur seul trésor.

Ils firent un petit paquet de leurs hardes, et après avoir jeté un dernier regard attendri sur la maison où ils avaient été si heureux avec leur père, ils se mirent en route, la main dans la main.

Leur premier but était d’atteindre la ville voisine, où passait le chemin de fer. La campagne était triste et dépouillée ; les arbres, sans feuilles, tendaient leurs bras noirs vers un ciel gris. Julien avait froid et se serrait contre son frère.

« Regarde, dit André pour le distraire, voici un ouvrier qui va à son travail. En France, tout le monde travaille ; c’est pour cela que c’est un grand pays. Notre père nous disait souvent : « Le travail ennoblit l’homme. » Nous travaillerons, nous aussi. — Mais que pourrons-nous faire, nous qui sommes si petits ? — Nous sommes courageux, et nous avons bon cœur. On trouve toujours à s’employer quand on le veut bien. »

Ils marchèrent ainsi plusieurs heures. La route montait et descendait à travers les collines de la Lorraine. Parfois, ils croisaient un paysan avec sa charrette, ou une fermière portant son lait au marché. André saluait poliment, et parfois osait demander si l’on était encore loin de la gare.

Enfin, au tournant d’un bois, ils aperçurent les premières maisons d’un bourg et, plus loin, un grand bâtiment avec une haute cheminée qui fumait : la gare. Un sentiment de joie et d’espoir remplit le cœur des deux enfants. Ils pressèrent le pas.

« Vois-tu, Julien, dit André, nous avons fait la première étape. Chaque jour, nous avancerons ainsi, et peu à peu, nous traverserons la France entière. Nous verrons ses villes, ses fleuves, ses montagnes, et nous rencontrerons ses habitants. Ce sera notre tour de France à nous deux. »

Julien sourit, rassuré par la confiance de son frère. Ils entrèrent dans la gare, un monde nouveau et bruyant pour eux. Des locomotives sifflaient, des voyageurs allaient et venaient. André, le cœur battant, s’approcha du guichet. C’était le premier grand défi de leur long voyage : savoir s’ils pourraient atteindre, par le train, la ville suivante où ils espéraient trouver du travail pour gagner de quoi continuer leur route vers le sud, vers le soleil, vers l’oncle Frantz.

Avec une politesse qu’il tenait de son père, il demanda au préposé : « Monsieur, pourriez-vous me dire combien coûtent deux billets pour Nancy ? »

L’homme regarda ces deux enfants seuls, modestement vêtus mais propres, et leur demanda où étaient leurs parents. André, la voix un peu tremblante mais claire, expliqua leur situation. Une lueur de bonté passa dans les yeux de l’employé. Il calcula le prix, qui était bien trop élevé pour les modestes ressources des enfants. « Mes petits, dit-il, avec ce que vous avez, vous ne pourrez aller bien loin en chemin de fer. Mais il y a un convoi de marchandises qui part dans une heure pour Nancy. Le chef de train est un brave homme ; allez lui parler, là, sur le quai numéro deux. Dites-lui que je vous envoie. »

Remerciant chaleureusement l’employé, André et Julien se dirigèrent vers le quai indiqué, pleins d’une nouvelle espérance. Leur voyage autour de la France commençait, semé d’embûches, mais aussi de rencontres et de leçons.

Littera