Fiche du texte

Nana (extraits)

Émile Zola

Le théâtre des Variétés était plein. On donnait la première représentation de la Blonde Vénus, une opérette dont tout Paris s’occupait depuis un mois. C’était un soir de grand succès, le public le plus brillant, le plus mêlé qui se pût voir. Dans la salle, un flamboiement de lumière. Les lustres de cristal allumaient des feux sur le velours grenat des fauteuils, sur les dorures, sur les peintures du plafond. La foule, déjà assise, s’impatientait. Des conversations bruissaient, un remous de têtes et de bras agitait les loges. Au parterre, des jeunes gens, le lorgnon aux yeux, se tenaient debout, très corrects dans leurs habits noirs.

Soudain, dans une baignoire de face, une jeune femme parut. Tout de suite, il se fit un mouvement. Elle se penchait, souriante, saluant de la tête. Elle était grande, très forte, avec une gorge superbe, des épaules rondes et grasses qui luisaient dans la clarté crue des lustres. Mais ce qui la rendait extraordinaire, c’était sa chevelure, une extraordinaire chevelure fauve, dorée, rousse, qui lui tombait jusqu’aux reins en une cascade de métal en fusion. Elle avait un visage de poupée, un petit nez, une bouche rouge, des yeux bleus largement fendus, avec des cils très noirs. Et sur cette blancheur de peau, sur cette nudité de déesse, la chevelure flambait comme un manteau de soleil.

« Nana ! Nana ! » murmura-t-on dans la salle.

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