Gervaise avait attendu Lantier jusqu’à deux heures du matin. Puis, toute frissonnante d’être restée en camisole à l’air vif de la fenêtre, elle s’était assoupie, jetée en travers du lit, fiévreuse, les joues trempées de larmes. Depuis huit jours, au sortir du Veau à deux têtes, où ils mangeaient, il la renvoyait se coucher avec les enfants et ne reparaissait que tard dans la nuit, en racontant qu’il cherchait du travail. Ce soir-là, pendant qu’elle guettait son retour, elle croyait avoir entendu, sous la fenêtre, un rire étouffé et un frottement de savates contre le trottoir ; et, les mains aux vitres, blêmie, elle avait aperçu Lantier, qui rentrait dans le bal du Grand-Balcon, en poussant devant lui la petite Adèle, une brunisseuse du restaurant, où ils dînaient. Elle attendit encore une heure, le visage collé contre la vitre, comprenant qu’il allait finir la nuit chez cette fille, qui demeurait à deux pas, rue des Poissonniers.
Fiche du texte
L'Assommoir (extraits)
Émile Zola
