Le jeune d'Artagnan, arrivé à Paris avec pour tout bien une lettre de recommandation pour M. de Tréville, capitaine des Mousquetaires du Roi, et un vieux cheval jaune, se présente à l'hôtel des Mousquetaires. Son entrée est marquée par une série de maladresses qui vont le lier à trois hommes célèbres.
D'Artagnan, un peu étourdi, et ne voyant pas le mousquetaire à cause de l'escalier obscur, se précipita contre son épaule en passant. Athos, qui venait de quitter M. de Tréville, poussa un cri ou plutôt un rugissement. « Pardieu, Monsieur, dit-il, vous courez comme un fou ! Est-ce que vous vous moquez des gens ? »
« Monsieur, répondit d'Artagnan en soulevant son béret, je suis vraiment désolé, mais je suis pressé, je cours après quelqu'un et... »
« Est-ce que vous oubliez vos yeux quand vous courez, par hasard ? demanda le mousquetaire. »
« Non, répondit d'Artagnan un peu piqué, non, et grâce à mes yeux, je vois même ce que les autres ne voient pas. »
Le mousquetaire lui lança un regard de ses grands yeux noirs. « Monsieur, dit-il avec calme, on vous rossera, je vous en préviens, si vous cherchez querelle aux mousquetaires dans l'escalier. »
« Querelle ! s'écria d'Artagnan, mais c'est vous qui me cherchez querelle, ce me semble ! »
« Il ne serait pourtant pas difficile de vous faire battre, dit le mousquetaire. »
« Ah ! par exemple ! Et à quelle heure, s'il vous plaît ? »
« Tout de suite, si vous voulez. »
« Et votre nom ? »
« Athos. »
« Eh bien ! Monsieur Athos, je vous attends à midi. »
« C'est bien, à midi, derrière le Luxembourg. »
Et les deux hommes se saluèrent. D'Artagnan, pressé, descendit l'escalier quatre à quatre. Mais sur le perron, il heurta un autre mousquetaire qui causait avec deux de ses amis. Cette fois, ce fut d'Artagnan qui reçut le choc en plein front.
