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Les Trois Mousquetaires (extraits)

Alexandre Dumas 4 min de lecture
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Le jeune d'Artagnan, arrivé à Paris avec pour tout bien une lettre de recommandation pour M. de Tréville, capitaine des Mousquetaires du Roi, et un vieux cheval jaune, se présente à l'hôtel des Mousquetaires. Son entrée est marquée par une série de maladresses qui vont le lier à trois hommes célèbres.

D'Artagnan, un peu étourdi, et ne voyant pas le mousquetaire à cause de l'escalier obscur, se précipita contre son épaule en passant. Athos, qui venait de quitter M. de Tréville, poussa un cri ou plutôt un rugissement. « Pardieu, Monsieur, dit-il, vous courez comme un fou ! Est-ce que vous vous moquez des gens ? »

« Monsieur, répondit d'Artagnan en soulevant son béret, je suis vraiment désolé, mais je suis pressé, je cours après quelqu'un et... »

« Est-ce que vous oubliez vos yeux quand vous courez, par hasard ? demanda le mousquetaire. »

« Non, répondit d'Artagnan un peu piqué, non, et grâce à mes yeux, je vois même ce que les autres ne voient pas. »

Le mousquetaire lui lança un regard de ses grands yeux noirs. « Monsieur, dit-il avec calme, on vous rossera, je vous en préviens, si vous cherchez querelle aux mousquetaires dans l'escalier. »

« Querelle ! s'écria d'Artagnan, mais c'est vous qui me cherchez querelle, ce me semble ! »

« Il ne serait pourtant pas difficile de vous faire battre, dit le mousquetaire. »

« Ah ! par exemple ! Et à quelle heure, s'il vous plaît ? »

« Tout de suite, si vous voulez. »

« Et votre nom ? »

« Athos. »

« Eh bien ! Monsieur Athos, je vous attends à midi. »

« C'est bien, à midi, derrière le Luxembourg. »

Et les deux hommes se saluèrent. D'Artagnan, pressé, descendit l'escalier quatre à quatre. Mais sur le perron, il heurta un autre mousquetaire qui causait avec deux de ses amis. Cette fois, ce fut d'Artagnan qui reçut le choc en plein front.

« Pardon, dit d'Artagnan voulant reprendre sa course, pardon, je suis pressé. »

Mais au moment où il mettait le pied sur la première marche, un poignet de fer l'arrêta.

« Vous êtes pressé ! s'écria le mousquetaire dont le teint était fort pâle, et c'est sous ce prétexte que vous me heurtez, sans dire : "C'est assez", ou "Pardon" ? Ce n'est pas suffisant, ce me semble. »

D'Artagnan reconnut à ces mots l'énorme gasconade de M. de Tréville. « Monsieur, dit-il, je vous ai prié de m'excuser, et je le fais encore. Je suis réellement pressé, très pressé. Lâchez-moi donc, je vous prie, et laissez-moi aller où j'ai affaire. »

« Monsieur, dit le mousquetaire en ne le lâchant point, vous n'êtes pas poli. Il vient de province, à ce qu'il paraît ? »

D'Artagnan avait déjà descendu une vingtaine de marches d'un bond, mais il remonta d'un seul saut. « Moi ! de province ! s'écria-t-il. Eh bien ! oui, je viens de province. Et vous, vous êtes bien impertinent ! »

« Ce n'est point ainsi qu'on parle aux mousquetaires, jeune homme », dit froidement le second.

Celui-ci s'appelait Porthos. D'Artagnan, fou de colère, tira son épée. « À vos ordres ! dit-il. »

« Pas ici, dit Porthos avec un superbe dédain, pas devant l'hôtel de M. de Tréville. Nous nous retrouverons derrière les Carmes-Deschaux, à une heure. »

« C'est bien, à une heure », répondit d'Artagnan en remettant son épée au fourreau.

Et il se remit à courir, espérant cette fois arriver au bout de l'escalier sans nouvelle mésaventure. Mais en tournant le palier, il vit Aramis, le troisième mousquetaire, qui causait paisiblement avec deux gentilshommes de la garde. Dans son élan, d'Artagnan heurta violemment l'épée d'Aramis, qui tomba sur les dalles avec un grand bruit.

Aramis se retourna lentement. « Monsieur, dit-il avec une douceur exquise, prenez donc garde, je vous prie. »

« Prenez garde vous-même, Monsieur, répliqua d'Artagnan, ou plutôt ne prenez pas garde, car vous pourriez bien être obligé de me suivre. »

« Monsieur ! s'écria Aramis, vous avez l'air de le faire exprès ! »

D'Artagnan se souvint alors qu'il avait déjà deux rendez-vous pour se battre le même jour. « Pardieu, Monsieur, dit-il, oui, exprès. Et comme je suis pressé, je vous prie de me faire l'honneur de tirer l'épée à l'instant. »

« Ce n'est point l'habitude, dit Aramis. On ne se bat pas ainsi, à la volée, dans l'escalier. Nous nous retrouverons à deux heures, derrière l'hôtel de M. de Tréville, au terrain du Pré-aux-Clercs. »

« À deux heures, j'y serai », répondit d'Artagnan.

Et il dégringola les dernières marches. En moins d'une heure, il avait trois duels sur les bras, tous trois avec des mousquetaires réputés les meilleures lames du royaume. Mais loin d'être effrayé, le jeune Gascon se sentait le cœur léger. Il allait se battre avec Athos, Porthos et Aramis ! C'était à ne pas y croire.

Littera