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La Lettre du Poilu

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Verdun, 15 mars 1916.

Mon cher fils,

Je t'écris depuis les tranchées, à la lueur d'une bougie qui vacille. Dehors, le canon tonne sans relâche depuis des jours. Mais rassure-toi, je vais bien. Ta dernière lettre m'a réchauffé le cœur plus que tous les feux de bivouac.

Tu me demandes comment c'est, la guerre. Je ne peux pas tout te dire, tu es trop jeune. Mais sache que ce n'est pas comme dans les livres d'histoire. Il n'y a pas de héros en uniforme brillant chargeant fièrement. Il y a des hommes fatigués, boueux, qui ont peur mais qui tiennent bon pour leurs camarades et pour vous, restés au pays.

Dans notre section, nous venons de partout : des paysans bretons, des ouvriers parisiens, un instituteur normand, un boulanger alsacien. La guerre nous a rendus frères. Nous partageons tout : le pain, les nouvelles de nos familles, nos espoirs de paix.

Hier soir, le canonnade s'est tue un instant. Alors nous avons entendu, de l'autre côté, les Allemands chanter. C'était une mélodie triste et belle. L'un de nous, qui parle leur langue, nous a dit que c'était un chant sur leur pays natal. Nous avons compris qu'eux aussi étaient loin de chez eux, qu'eux aussi avaient des enfants qui les attendaient.

Mon fils, quand cette guerre sera finie — et elle finira — souviens-toi de cela : les hommes d'en face ne sont pas si différents de nous. Ce sont les haines et les ambitions des puissants qui créent les guerres, pas les peuples.

Apprends bien à l'école. Deviens un homme de paix et de savoir. C'est le meilleur moyen d'honorer le sacrifice de ceux qui se battent aujourd'hui.

Embrasse ta mère et ta petite sœur pour moi. Je pense à vous à chaque instant. Bientôt, je l'espère, nous serons réunis.

Ton père qui t'aime,

Pierre

Littera