C’était dans la grande salle du Palais de Justice, le 6 janvier 1482, jour de la Fête des Fous. La foule se pressait dès le matin, venue pour assister au mystère que devaient jouer les clercs de la Basoche, et pour voir élire le Pape des Fous. La salle était comble. Le public attendait, bruyant et impatient. Dans l’embrasure d’une fenêtre gothique, un jeune homme, vêtu pauvrement mais dont le visage était sérieux et pensif, observait la scène. C’était Pierre Gringoire, un poète sans le sou, auteur du mystère qui allait être représenté.
Soudain, un grand bruit se fit entendre. C’était l’arrivée des ambassadeurs flamands et de Monsieur le Cardinal de Bourbon. Le mystère pouvait enfin commencer. Gringoire, le cœur battant, vit les acteurs déclamer ses vers. Mais l’attention du public était ailleurs, distraite par les allées et venues des dignitaires, les quolibets des écoliers, le tumulte général. Personne n’écoutait sa pièce. Une amère déception envahit le poète.
Au plus fort de cette confusion, un mendiant, Clopin Trouillefou, le roi de la Cour des Miracles, se leva et proposa à l’assistance un spectacle bien plus à son goût : l’élection du Pape des Fous. La foule acclama l’idée. La règle était simple : chacun passerait la tête par le trou d’une rosace et ferait la grimace la plus hideuse. Celui qui provoquerait le plus grand éclat de rire serait élu.
