Fiche du texte

Métro, Boulot, Dodo

Élise Varnier

L'aube est un couvercle gris sur la ville endormie, que percent les premiers bruits, métalliques et sourds. Un corps se soulève, pesant, du lit qui le retenait prisonnier de rêves évanouis. La routine, vieille dentelière, tisse son fil invisible et serré, du réveil au sommeil.

Que la journée commence, qu'il faille affronter le flot des autres, sous terre, dans le ventre grondant du métro. Visages clos comme des livres dont on aurait perdu la clé, reflets brisés dans les vitres qui filent. Chacun porte son monde, fragile bulle de verre, dans la cohue des épaules et des sacs.

Au bureau, ou à l'atelier, ou dans la salle de classe aux murs trop blancs, les heures s'égrènent, gouttes lentes d'une clepsydre invisible. Que les chiffres s'alignent, que les mots se soumettent, que les gestes se répètent jusqu'à l'usure. Le soleil, lui, trace sa course haute, indifférent aux écrans pâles et aux plafonds bas.

Le midi sonne, bref répit. On mâche un sandwich en regardant les pigeons se disputer des miettes d'existence. On voudrait que ce moment dure, qu'il soit une île, mais déjà le temps presse, impérieux. Il faut reprendre le courant, se laisser porter par le flux jusqu'à ce que retentisse la cloche libératrice.

Le soir tombe en poussière mauve sur les façades. Le retour est un pèlerinage à l'envers, dans la rame maintenant lasse, charriant sa cargaison de fatigues. Les rues défilent, familières et pourtant toujours un peu étrangères, comme un décor de théâtre après la représentation.

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