« Qu'est-ce que le temps ? Si personne ne me le demande, je le sais ; si je cherche à l'expliquer, je ne le sais plus. » Cette confession de saint Augustin, vieille de seize siècles, résonne encore aujourd'hui. Le temps demeure l'énigme la plus familière et la plus insaisissable de notre existence.
Nous baignons dans le temps comme le poisson dans l'eau, sans pouvoir le saisir ni l'arrêter. Il coule, fuit, passe — nos métaphores trahissent notre impuissance. Nous mesurons des durées avec nos horloges, mais mesurons-nous vraiment le temps lui-même ou seulement le mouvement des aiguilles ?
La physique moderne a bouleversé notre compréhension. Depuis Einstein, nous savons que le temps n'est pas un flux uniforme et absolu. Il se dilate près des masses importantes, ralentit quand on approche de la vitesse de la lumière. Les jumeaux de Langevin vieillissent différemment selon leurs trajectoires. Le temps, loin d'être un cadre immuable, fait partie intégrante du tissu de l'univers, inséparable de l'espace.
Plus troublant encore : les équations de la physique fondamentale sont réversibles. Rien n'interdit mathématiquement qu'un verre brisé se reconstitue, qu'un glaçon se reforme spontanément dans l'eau tiède. D'où vient alors cette « flèche du temps » que nous expérimentons si intensément ? Les physiciens l'attribuent à l'entropie, cette tendance de l'univers vers le désordre. Mais pourquoi l'entropie augmente-t-elle toujours ? La question reste ouverte.
