Lettre d'un Poilu à son Fils (Fiction Historique)
Traditionnel
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Texte lu
Secteur de Verdun, 3 juillet 1916.
Mon fils,
Je t'écris ces lignes en sachant qu'elles pourraient être les dernières. Demain, nous montons en première ligne. Notre compagnie a déjà perdu les deux tiers de ses effectifs depuis février. Les statistiques ne sont pas en notre faveur.
Tu as maintenant quinze ans. Si cette lettre te parvient, c'est que je ne serai plus là pour te guider. Alors permets à ton père de te transmettre ce qu'il a appris dans cette boue et ce sang.
On t'apprendra à l'école que cette guerre était glorieuse, que nous nous battions pour la patrie, pour la civilisation. Ne crois pas tout. La réalité des tranchées n'a rien d'héroïque. J'ai vu des hommes mourir en appelant leur mère. J'ai vu des camarades perdre la raison sous les bombardements. J'ai vu l'horreur au plus profond de l'âme humaine.
Mais j'ai vu aussi de la beauté. La solidarité entre soldats qui partagent tout, jusqu'à leur dernière cigarette. Le courage de l'infirmier qui rampe sous les balles pour secourir un blessé. La lettre d'amour qu'un homme analphabète dicte pour sa femme. Dans l'enfer, l'humanité trouve encore le moyen de fleurir.
J'ai appris que l'ennemi, ce n'est pas l'Allemand d'en face. Lui aussi a une famille, des rêves, des peurs. J'ai entendu ses chants de Noël à travers le no man's land. Nos vrais ennemis sont la haine, l'ignorance, les ambitions des puissants qui nous envoient mourir pour leurs querelles.
Ne laisse jamais la haine s'installer dans ton cœur. Elle consume celui qui la porte bien plus que celui qu'elle vise. Même si tu as des raisons de haïr — et la vie t'en donnera peut-être — choisis de comprendre plutôt que de condamner.
Étudie, mon fils. L'ignorance est la mère de toutes les servitudes. Un homme qui pense par lui-même est un homme libre, même dans les chaînes. La culture n'est pas un luxe : c'est une armure contre la manipulation.
Aime ta mère. Elle a sacrifié tant de choses pour nous. Elle mérite ton respect et ta tendresse. Quand tu seras en colère contre elle — et tu le seras, c'est normal — souviens-toi de ces nuits où elle veillait sur ton sommeil.
Et si un jour tu as des enfants, dis-leur que leur grand-père les aimait avant même de les connaître. Dis-leur qu'il est mort en pensant à eux, à cet avenir qu'il ne verrait pas mais qu'il espérait meilleur.
Les obus recommencent à tomber. Je dois finir. Vis pleinement, mon fils. Vis pour tous ceux qui n'ont pas pu. Et quand tu regarderas le ciel étoilé, sache que quelque part, d'une manière que je ne comprends pas, je veillerai sur toi.
Ton père qui t'aime infiniment,
Henri
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