À vous qui avez vingt ans, ou presque. À vous qui héritez d'un monde que vous n'avez pas choisi. À vous qui nous regardez, nous les adultes, avec un mélange de colère et d'espoir. Cette lettre est pour vous.
Nous vous avons légué un monde abîmé. Le climat se dérègle, les inégalités se creusent, la démocratie s'essouffle, les écosystèmes s'effondrent. Vous avez le droit d'être en colère. Cette colère est légitime, et elle peut être un moteur.
Mais ne laissez pas la colère se transformer en désespoir. Le désespoir est confortable — il dispense d'agir. Or le monde a besoin de votre action, de votre énergie, de votre créativité. Chaque génération a affronté ses défis. La vôtre en affrontera de particulièrement redoutables. Mais aucune génération n'a eu autant de moyens pour y répondre.
Vous avez accès à plus de connaissances que toutes les bibliothèques d'Alexandrie réunies. Vous pouvez communiquer instantanément avec des personnes de tous les continents. Vous pouvez vous organiser, innover, créer à une échelle jamais vue. Ces outils peuvent être des distractions ou des leviers de transformation. À vous de choisir.
Méfiez-vous des certitudes. Les idéologies qui promettent des solutions simples à des problèmes complexes ont causé les pires catastrophes du XXe siècle. Le réel est nuancé, contradictoire, résistant. Apprenez à tolérer l'ambiguïté, à douter de vos convictions, à écouter ceux qui pensent différemment. La pensée critique est votre meilleure armure.
Méfiez-vous aussi du cynisme. Il est facile de ricaner, de tout déconstruire, de ne croire en rien. Mais le cynisme est une forme de lâcheté intellectuelle. Il faut plus de courage pour s'engager, pour espérer, pour risquer la déception. Les cyniques n'ont jamais rien changé.
