Fiche du texte

Les Veilleurs de la Vallée Blanche

Élise Valtan

Lorsque le silence s'installa sur la vallée, ce ne fut pas un vide, mais une présence. Après le dernier grondement des bulldozers, après que les hommes eurent replié leurs cartes et leurs projets, quelque chose d'antique sembla reprendre son souffle. C'était comme si la forêt, que l'on avait crue vaincue, retenait l'air dans ses milliards de poumons verts, attendant.

Léa, dix-sept ans, fut la première à le percevoir. Elle qui avait mené la fronde lycéenne contre le projet de station balnéaire, elle qui avait crié, manifesté, brandi des pancartes, se retrouva soudain muette. Le combat était gagné, officiellement. La vallée Blanche serait préservée. Pourtant, une mélancolie inattendue l'envahit. Elle revint sur les lieux du futur complexe avorté, là où la terre avait été grattée, violente et nue. Elle s'assit sur un tronc déraciné, et ce fut alors qu'elle entendit le premier murmure. Non pas un son, mais une vibration, comme si les racines blessées chuchotaient sous la mousse.

Les jours suivants, d'autres adolescents de son groupe la rejoignirent, attirés par une pulsion similaire. Sans se concerter, ils formèrent un cercle silencieux au crépuscule. Ils ne parlaient plus de victoire ou de défaite. Ils écoutaient. Et la vallée, peu à peu, se mit à leur répondre. Des chênes centenaires, dont on avait failli scier le cœur, exhalèrent des souvenirs de sécheresses anciennes et d'hivers rigoureux. Le ruisseau, dont le cours avait été détourné, raconta par bribes son voyage souterrain, ses rencontres avec les pierres et les métaux oubliés. La nature ne se contentait pas d'être ; elle narrait.

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Littera