Léa n'aurait jamais cru que la réponse à l'énigme du vieux grimoire se trouverait dans les entrailles rouillées du métro parisien, à l'heure où les derniers trains grondent comme des bêtes fatiguées. Le carnet de son arrière-grand-père, architecte visionnaire, parlait d'une cité miroir, un Paris parallèle bâti non de pierre, mais de récits et de souvenirs cristallisés. Il fallait qu'elle trouve le « Point de Départ », un lieu où la frontière entre les mondes serait assez fine pour être franchie.
Ses doigts tremblaient en suivant sur la carte jaunie les lignes de métro qui formaient, non pas un réseau, mais un glyphe ancien. L'intersection se situait à une station abandonnée depuis un siècle, dont l'entrée était murée. C'est dans l'odeur d'humidité et de vieille pierre d'un passage souterrain oublié qu'elle découvrit la porte : un simple miroir terni, encastré dans la brique, qui reflétait non pas son visage anxieux, mais une perspective de rues inconnues baignant dans une lumière crépusculaire. Son cœur battait à tout rompre ; il fallait qu'elle ose, qu'elle plonge dans ce reflet, même si rien ne garantissait qu'elle pût en revenir.
Le passage fut une sensation de froid intense et de silence absolu, comme si le monde retenait son souffle. Puis, elle émergea. La Cité de Verre s'élevait autour d'elle, architecture fantasmagorique où les bâtiments étaient faits de mémoires solidifiées : une façade scintillait des rires d'un été 1920, une autre suintait la mélancolie grise d'un adieu sous la pluie. L'air lui-même était chargé de murmures. Mais la cité se lézardait, de grandes fissures noires zébrant les édifices translucides. Les Ombres, entités dévorant les souvenirs pour sustenter leur propre existence, rongeaient les fondations.
