Château d'Amboise, 2 mai 1519. Le vieux maître sentait que ses forces l'abandonnaient. Léonard de Vinci, celui que le roi de France appelait « mon père », allait bientôt rejoindre les étoiles qu'il avait passé sa vie à observer.
Son fidèle disciple Francesco Melzi était à son chevet. Le jeune homme pleurait en silence, sachant que le monde perdrait bientôt le plus grand génie qu'il ait jamais porté.
« Ne pleure pas, Francesco, murmura Léonard. La mort n'est que le passage vers un autre mystère. Et les mystères, tu le sais, ont toujours été mes meilleurs amis. »
Il tourna son regard vers les carnets empilés près de son lit. Des milliers de pages couvertes de dessins, d'observations, d'inventions, d'écriture en miroir que lui seul savait déchiffrer rapidement.
« Je te confie mes carnets, Francesco. Tout ce que j'ai appris, tout ce que j'ai imaginé est là. Des machines volantes aux secrets du corps humain, de la nature des ombres aux mouvements de l'eau. J'espérais avoir le temps de tout organiser, de tout publier. Mais le temps... le temps m'a manqué. »
Un accès de toux l'interrompit. Quand il reprit son souffle, sa voix était plus faible.
« J'ai peint la Joconde pendant des années. On me demandait pourquoi je ne la terminais jamais. La vérité ? Je ne pouvais me résoudre à la quitter. Son sourire contenait tout ce que je cherchais : le mystère de la vie, l'ambiguïté de l'âme humaine, cette frontière insaisissable entre la joie et la mélancolie. »
Francesco hocha la tête, les larmes coulant sur ses joues.
