Athènes, 399 avant J.-C. Le vieil homme se tenait debout devant l'Héliée, le tribunal populaire composé de cinq cents citoyens. À soixante-dix ans, Socrate allait répondre de crimes qui lui semblaient absurdes : impiété envers les dieux de la cité et corruption de la jeunesse.
L'accusateur, Mélétos, avait prononcé son réquisitoire avec emphase. Socrate avait passé sa vie à enseigner aux jeunes Athéniens à questionner les certitudes, à douter des traditions, à penser par eux-mêmes. Pour Mélétos, c'était un crime impardonnable contre l'ordre social.
Quand vint le moment de sa défense, Socrate ne fit aucune concession. Il refusa de pleurer, d'implorer la pitié des juges, de faire venir ses enfants en larmes comme le voulait la coutume. Au lieu de cela, il philosopha.
« On m'accuse de corrompre la jeunesse. Mais qu'ai-je fait sinon poser des questions ? J'ai interrogé les politiciens sur la justice, les généraux sur le courage, les artisans sur leur art. Et à chaque fois, j'ai découvert qu'ils croyaient savoir ce qu'ils ne savaient pas. »
Il raconta comment l'oracle de Delphes avait déclaré qu'il était le plus sage des hommes. Longtemps, il avait cherché à comprendre ce paradoxe. Finalement, il avait compris : il était sage parce qu'il savait qu'il ne savait rien, alors que les autres croyaient savoir sans savoir réellement.
« Je suis le taon qui pique le cheval athénien pour le garder éveillé. Si vous me tuez, vous ne trouverez pas facilement un autre taon. Vous dormirez confortablement, mais vous cesserez de penser. »
