Fiche du texte

Le Procès de l'Arrosoir

M. Valère

PERSONNAGES : LE JARDINIER (sage et calme), L’ARROSOIR ROUGE (fier et vaniteux), LA PETITE PLUIE (douce et persuasive), LE VIEUX CHÊNE (narrateur et juge), LE ROSIER (plaignant).

(Scène : Un jardin au petit matin. Le Vieux Chêne trône au centre. Le Rosier, fané, est à sa droite. L’Arrosoir Rouge, brillant, est à gauche. Le Jardinier et la Petite Pluie observent.)

LE VIEUX CHÊNE : Silence dans mon pré ! Nous sommes réunis pour juger une affaire cruciale : le Rosier accuse l’Arrosoir Rouge de l’avoir négligé, causant sa triste mine. L’Arrosoir, que répondez-vous ?

L’ARROSOIR ROUGE (d’un ton hautain) : Moi, le négliger ? Allons donc ! Je suis l’Arrosoir neuf, le plus brillant du cabanon. J’arrose les plantes importantes : le buis taillé, les géraniums de la terrasse. Ce rosier est à l’écart, il n’est pas prioritaire.

LE ROSIER (d’une voix faible) : Prioritaire ? Je fleuris depuis vingt ans pour ce jardin. J’offre mes roses à la famille. Depuis que cet arrosoir est arrivé, il ne me donne qu’une goutte, quand il daigne passer. Il est trop occupé à briller au soleil.

LE JARDINIER : C’est vrai, j’ai noté cela. J’ai confié la tâche à l’Arrosoir, pensant qu’il la remplirait avec conscience. Mais il semble préférer l’apparence à l’utilité.

LA PETITE PLUIE (timidement) : Si je puis me permettre… Je tombe sur tout le jardin, sans distinction. Je rafraîchis le buis et le rosier. Un outil, comme une averse, doit servir sans orgueil. Sa beauté est dans son geste, pas dans son éclat.

L’ARROSOIR ROUGE (vexé) : Mon éclat montre que je suis neuf, efficace ! Pourquoi gaspiller mon eau sur une vieille plante ?

Page 1 / 2
Littera