Rouen, 30 mai 1431. Le bûcher était dressé sur la place du Vieux-Marché. Jeanne, dix-neuf ans, regardait la foule assemblée pour la voir mourir.
Elle avait passé des mois en prison, interrogée par des dizaines de théologiens cherchant à la piéger. Ils voulaient qu'elle renie ses « voix », ces messages divins qui l'avaient poussée à libérer Orléans et à faire couronner le roi. Elle avait résisté, puis cédé sous la menace du feu, puis repris ses déclarations. Maintenant, condamnée comme relapse, elle allait brûler.
Le bourreau l'attacha au poteau. Un prêtre lui tendit un crucifix. Elle le prit, le baisa, pleura.
Mais quand le feu commença à crépiter, quelque chose changea sur son visage. La peur fit place à une détermination sereine. Elle parla, d'une voix claire que la foule silencieuse pouvait entendre.
« J'ai entendu des voix. Qu'elles viennent du Ciel ou de ma propre âme, je ne sais plus. Mais je sais ce qu'elles m'ont dit : que la France devait être libre, que les humbles pouvaient accomplir de grandes choses, que la foi déplace les montagnes. »
Les flammes montaient. Sa voix aussi.
« Vous pouvez brûler mon corps. Mais les idées ne brûlent pas. D'autres viendront après moi, portés par les mêmes espoirs. Des femmes qui refuseront d'être réduites au silence. Des paysans qui exigeront la justice. Des croyants qui suivront leur conscience plutôt que les puissants. »
L'évêque Cauchon détourna le regard. Les Anglais, qui avaient orchestré ce procès pour discréditer le roi de France, commençaient à douter de leur victoire.
« Vous me tuez parce que j'ai dérangé l'ordre des choses. Une bergère ne devait pas commander des armées. Une fille ne devait pas parler aux rois. Une enfant ne devait pas défier des empires. J'ai fait tout cela. Et je le referais. »
