Sur un promontoire balayé par les vents, un vieux chêne nommé Thorax régnait depuis trois siècles. Ses branches noueuses dessinaient des arabesques contre le ciel, et son écorce, crevassée par les ans, semblait porter les cartes d'un monde oublié. À ses pieds, un modeste lichen, qu'on appelait Luma, étalait ses plaques vert-gris en une mosaïque délicate. Chaque jour, Thorax toisait la plaine de sa hauteur et méprisait Luma, cette tache insignifiante collée à sa base.
« Regarde-moi ! », tonnait-il parfois lorsque la tempête faisait chanter ses feuilles. « Je suis le gardien de cette lande, j'abrite les nids, je défie les orages. Et toi ? Tu n'es qu'une poussière humide, sans forme ni volonté. » Luma, imperturbable, répondait d'une voix douce comme la rosée : « Je vis à mon rythme, et j'écoute les secrets de la pierre. »
Un été caniculaire vint, implacable. Le soleil brûla le sol, les ruisseaux tarirent. Les feuilles de Thorax jaunirent puis tombèrent, ses racines cherchèrent en vain une goutte d'humidité. Affaibli, il sentit sa sève s'épaissir, son bois craquer de soif. C'est alors qu'il remarqua une fraîcheur persistante à sa base. Luma, grâce à son corps spongieux, avait capturé chaque brume matinale, chaque rare goutte de pluie. Non seulement il se maintenait verdoyant, mais il partageait cette humidité vitale avec l'écorce fissurée du géant.
