Fiche du texte

Le Chant des Cendres

Élise Vauclair

Dans la forêt d'Émeraude, où les chênes millénaires conversaient avec le vent, vivait un renard au pelage de braise nommé Roux. Il était réputé pour sa ruse, mais aussi pour une mélancolie profonde qui l'isolait des autres. Chaque soir, il grimpait sur la Colline des Lamentations et fixait l'horizon, comme s'il attendait un signe qui ne viendrait jamais.

Un hiver particulièrement rigoureux s'abattit sur la forêt. La neige, silencieuse et implacable, étouffa les sentiers et vida les réserves. Les animaux, affamés et transis, se réunirent en Conseil sous le Grand Sapin. Le hibou sagace, Orion, déclara qu'il fallait qu'un être entreprenne le périlleux voyage jusqu'aux Sources Chaudes, au-delà des Montagnes Grises. Mais le chemin était gardé par le Lézard de Pierre, une créature immobile et immémoriale dont le seul regard pouvait figer à jamais l'âme des imprudents. Un silence de glace s'ensuivit.

C'est alors que Roux se leva. Sa voix, rarement entendue, fut un murmure déterminé : « J'irai. » Non par bravoure, mais parce qu'une intuition ancienne, presque un souvenir, lui soufflait que son destin était lié à ces montagnes. Son voyage fut une épreuve. Il dut traverser des ravins où le vent hurlait comme une bête blessée et escalader des parois si lisses qu'il sembla que la montagne elle-même le rejetait. Lorsqu'il atteignit enfin le col, le Lézard de Pierre était là, incrusté dans la falaise, ses yeux de basalte fixant l'infini.

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