Emma regardait les trois profils que l'application lui proposait ce soir. Compatibilité : 94%, 91%, 87%. Des pourcentages censés prédire le bonheur amoureux.
Son amie Chloé avait rencontré son fiancé sur cette même application. « L'algorithme sait mieux que nous ce qui nous convient », disait-elle. Peut-être. Mais Emma ne pouvait s'empêcher de trouver cela... désenchanté.
Elle se souvenait des histoires de ses grands-parents. Ils s'étaient rencontrés à un bal de village, sans aucune garantie de compatibilité. Ils avaient fait connaissance lentement, à travers des lettres échangées pendant deux ans. Ils étaient mariés depuis soixante ans.
Aujourd'hui, en quelques secondes, elle pouvait voir des dizaines de célibataires « compatibles », lire leur bio calibrée, analyser leurs photos soigneusement choisies. Un supermarché de l'amour où chacun se vend et se compare.
Elle swipa vers la droite sur le profil à 94%. Match. Ils échangèrent quelques messages. Il était drôle, intelligent, avait les bons goûts culturels. Tout correspondait. Mais quelque chose manquait.
Le problème avec les algorithmes, réfléchissait Emma, c'est qu'ils optimisent pour des critères mesurables. Centres d'intérêt communs, niveau d'éducation similaire, proximité géographique. Des statistiques.
Mais l'amour, le vrai, n'est-il pas justement ce qui échappe aux statistiques ? Ce frisson inattendu, cette connexion inexplicable, cette personne qu'on n'aurait jamais choisie sur un profil mais qui vous bouleverse dans la vraie vie.
