La loi et la justice ne sont pas synonymes. Cette distinction, souvent oubliée, est pourtant au cœur de notre vie en société. La loi est ce qui est écrit et appliqué ; la justice est ce qui devrait être. L'une est un fait ; l'autre, un idéal.
L'histoire regorge de lois injustes. Les lois ségrégationnistes aux États-Unis étaient parfaitement légales. L'esclavage était inscrit dans le Code Noir. Les lois de Nuremberg légalisaient la persécution des Juifs. Ces exemples extrêmes nous rappellent qu'obéir à la loi n'est pas toujours moral.
Mais alors, si la loi peut être injuste, à quoi sert-elle ? La loi organise la vie sociale, permet la coexistence pacifique d'individus aux intérêts divergents. Sans loi, le plus fort impose sa volonté. « Entre le fort et le faible, c'est la liberté qui opprime et la loi qui affranchit », disait Lacordaire.
Le droit tente d'approcher la justice sans jamais l'atteindre parfaitement. Les législateurs, influencés par leur époque, leurs préjugés, leurs intérêts, produisent des lois imparfaites. Les juges, qui interprètent ces lois, sont aussi faillibles. L'erreur judiciaire, la corruption, le deux poids deux mesures selon la richesse ou l'origine sociale : le système juridique réel est loin de l'idéal de justice.
Faut-il alors désobéir aux lois injustes ? La question tourmente les philosophes depuis l'Antiquité. Socrate accepta de mourir plutôt que de fuir, par respect pour les lois d'Athènes — même injustes. Antigone, elle, désobéit aux ordres de Créon pour enterrer son frère selon les rites : la loi divine, affirmait-elle, prime sur la loi humaine.
