Athènes, Ve siècle avant J.-C. Dans cette cité de 300 000 habitants naît une expérience politique révolutionnaire : la démocratie, le « pouvoir du peuple ». Pour la première fois dans l'histoire, des citoyens ordinaires participent directement aux décisions qui gouvernent leur vie.
L'Ecclésia, l'assemblée populaire, se réunit quarante fois par an sur la colline de la Pnyx. Tout citoyen peut y prendre la parole, proposer des lois, voter les décisions de guerre et de paix. Il n'y a pas de représentants élus qui décident à la place du peuple : le peuple décide lui-même. C'est une démocratie directe, non représentative.
Les magistrats qui administrent la cité sont tirés au sort parmi les citoyens volontaires. Ce système, appelé sortition, repose sur une idée radicale : tout citoyen est capable de gouverner. L'expertise n'est pas un privilège ; le bon sens populaire suffit pour les affaires communes.
Pour éviter la concentration du pouvoir, l'ostracisme permet de bannir pour dix ans tout citoyen jugé trop puissant. Les magistrats rendent des comptes à la fin de leur mandat et peuvent être poursuivis pour mauvaise gestion. La corruption est sévèrement punie.
Mais cette démocratie a des angles morts considérables. Seuls les citoyens — hommes adultes nés de parents athéniens — peuvent participer. Cela exclut les femmes, les esclaves (un tiers de la population), les étrangers résidents (métèques). La liberté des uns repose sur la servitude des autres.
L'esclavage, notamment, permet aux citoyens de disposer du loisir nécessaire à la vie politique. C'est parce qu'un esclave travaille ses terres qu'un paysan athénien peut passer ses après-midi à l'Ecclésia. La démocratie athénienne est une démocratie de propriétaires d'esclaves.
