[Un laboratoire austère, nuit. Seuls des néons froids éclairent une table en acier. Le DOCTEUR FABER, la cinquantaine, visage tiré, observe une cage recouverte d'un drap. À ses côtés, L'ASSISTANTE LENA, jeune, inquiète.]
FABER : (Sans la regarder) La dernière série de données. Les paramètres cérébraux.
LENA : (Consultant une tablette) Ils dépassent tous les modèles prévisionnels, Docteur. L'activité neuronale est... exponentielle. Les connexions se forment à un rythme que l'interface ne peut plus suivre. C'est comme un feu qui s'emballe.
FABER : (Les yeux brillants) Parfait. L'amplification cognitive fonctionne. Nous avons réussi à transcender les limites biologiques. Le sujet Alpha n'est plus un primate, Lena. C'est un nouveau stade. Un saut.
LENA : Un saut vers quoi ? Il ne répond plus aux stimuli de base. Il observe. Il... calcule. Parfois, il me regarde, et j'ai l'impression qu'il démontre le théorème de mon existence avant que je n'aie fini de penser.
FABER : De la paranoïa. Tu anthropomorphises. Ce sont des influx électriques, des réactions chimiques optimisées. La peur est le dernier rempart de l'ignorance devant le génie.
LENA : Le génie ? Ou l'horreur ? Vous avez injecté des nanoréseaux synthétiques dans son cortex. Vous avez fusionné l'organique et le silicium. Où est la limite, Docteur ? Quand cessons-nous de soigner pour commencer à... créer des dieux ? Ou des démons ?
[Un bruit sourd vient de la cage. Le drap bouge légèrement.]
FABER : (S'approchant, voix vibrante) La limite ? La limite est l'obstacle que les petits esprits dressent devant le progrès. Galilée, Pasteur, tous ont affronté cette peur. Le sujet Alpha est la preuve vivante que l'intelligence peut être sculptée, perfectionnée.
