Fiche du texte

Le Renard et les Raisins

Jean de La Fontaine

Certain Renard gascon, d'autres disent normand, Mourant presque de faim, vit au haut d'une treille Des Raisins mûrs apparemment, Et couverts d'une peau vermeille. Le galant en eût fait volontiers un repas ; Mais comme il n'y pouvait atteindre : « Ils sont trop verts, dit-il, et bons pour des goujats. » Fit-il pas mieux que de se plaindre ?

Un Renard, affamé par une longue disette, Errait dans un verger, cherchant quelque pâture. Ses yeux, aiguisés par la faim qui le hantait, Se portèrent soudain vers une treille haute. Là, suspendus en grappes généreuses, Des raisins mûrs à point, gonflés de sucs doux, Brillaient sous le soleil comme des perles pourpres. Leur peau fine, tendue par la maturité, Semblait prête à céder sous la dent du gourmand.

Le Renard, à cette vue, sentit sa faim redoubler. Son estomac cria, sa langue se passa sur ses babines. « Enfin ! pensa-t-il, voici de quoi apaiser ma faim tenace. Ces raisins semblent être le fruit des dieux eux-mêmes ! »

Il recula de quelques pas pour prendre son élan, Puis s'élança de toute sa force vers la treille. Mais hélas ! Les grappes étaient suspendues trop haut. Ses pattes agiles ne purent les accrocher. Il retomba sur le sol poussiéreux, bredouille.

« Peu importe, se dit-il, je vais sauter plus haut. » Il prit une plus longue course, rassembla toute son énergie, Et bondit comme jamais il n'avait bondi. Ses griffes frôlèrent la plus basse des grappes, Agitant légèrement les feuilles de la vigne, Mais les raisins, moqueurs, restèrent hors d'atteinte.

Une troisième tentative, puis une quatrième, Chaque fois plus désespérée, chaque fois plus vaine. Le Renard commençait à se fatiguer, Et les raisins semblaient se moquer de ses efforts, Se balançant doucement dans la brise légère.

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