Fiche du texte

Madame Bovary (extraits)

Gustave Flaubert

Emma, élevée au couvent, avait lu beaucoup de romans à l'eau de rose et rêvait d'une vie passionnée, semblable à celles des héroïnes de ses lectures. Elle épouse Charles Bovary, un médecin de campagne simple et dévoué, mais rapidement, la réalité terne de son existence à Tostes, puis à Yonville-l'Abbaye, l'écrase. Son mariage lui semble médiocre, son mari balourd, et la vie de province étouffante. Elle sombre dans un ennui profond, une mélancolie qu'elle appelle son « bovarysme », et cherche désespérément à échapper à la banalité de son quotidien.

Un extrait emblématique (Chapitre 9, première partie) :

« Avant qu'elle se mariât, elle avait cru avoir de l'amour ; mais le bonheur qui aurait dû résulter de cet amour n'étant pas venu, il fallait qu'elle se fût trompée, songeait-elle. Et Emma cherchait à savoir ce que l'on entendait au juste dans la vie par les mots de félicité, de passion et d'ivresse, qui lui avaient paru si beaux dans les livres.

Elle avait lu Paul et Virginie et elle avait rêvé la maisonnette de bambous, le nègre Domingo, le chien Fidèle, mais surtout l'amitié douce de quelque bon petit frère, qui va chercher pour vous des fruits rouges dans des grands arbres plus hauts que des clochers, ou qui court pieds nus sur le sable, vous apportant un nid d'oiseau.

Lorsqu'elle eut treize ans, son père l'amena lui-même à la ville, pour la mettre au couvent. Ils descendirent dans une auberge du quartier Saint-Gervais, où ils eurent à leur souper des assiettes peintes qui représentaient l'histoire de mademoiselle de La Vallière. Les explications légendaires, coupées çà et là par l'égratignure des couteaux, glorifiaient toutes la religion, les délicatesses du cœur et les pompes de la Cour.

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Littera