Le 6 janvier 1482, Paris célèbre la double fête des Rois et des Fous. La ville entière est en liesse, mais la grande attraction se trouve dans le vaste hall du Palais de Justice. La foule se presse dès le matin, car on doit y jouer un mystère - une pièce de théâtre religieuse - et élire le Pape des Fous.
Le hall, immense et magnifique, est déjà bondé. Les gens s'entassent sur les bancs, dans les embrasures des fenêtres, partout où il y a un peu de place. Le bruit est assourdissant : on rit, on crie, on se dispute. Des marchands ambulants vendent des noix et des pommes, des enfants pleurent, des étudiants chantent à tue-tête. L'atmosphère est chaude, bruyante, presque étouffante.
Sur une estrade de bois dressée au fond de la salle, les acteurs doivent bientôt jouer le mystère intitulé "Le Bon Jugement de la Vierge Marie". Mais le spectacle tarde à commencer. La foule s'impatiente. Elle siffle, tape des pieds, réclame le début de la pièce. Enfin, une porte s'ouvre et les acteurs entrent en procession, magnifiquement costumés. Le calme revient un instant.
Parmi les spectateurs, un jeune homme nommé Pierre Gringoire observe la scène avec attention. C'est lui qui a écrit la pièce. Il espère un grand succès. Malheureusement, le public ne tarde pas à se désintéresser. Les dialogues sont trop longs, trop sérieux. Les gens recommencent à parler, à rire, à regarder ailleurs.
Soudain, une voix crie depuis une fenêtre : "La Esmeralda danse sur la place !"
En un instant, tout change. Comme si un sortilège avait été prononcé, la salle se vide. Spectateurs, marchands, étudiants - tous se précipitent vers la sortie pour voir la célèbre danseuse bohémienne. En quelques minutes, le grand hall est presque désert. Seuls restent quelques spectateurs endormis et le pauvre Gringoire, désespéré, qui voit son œuvre réduite à néant.
Le jeune auteur, le cœur lourd, décide de sortir à son tour. Il traverse les couloirs déserts du Palais et arrive sur la place de Grève. Là, il découvre une scène bien différente : une foule immense entoure un feu de joie, et au centre, une jeune fille danse avec une grâce extraordinaire.
C'est la Esmeralda. Elle est belle, vive, légère comme un oiseau. Ses petits pieds battent le rythme, ses bras s'élèvent, ses yeux brillent. Autour d'elle, la foule est fascinée. Un homme vêtu de jaune, au visage triste et sévère, la regarde avec une intensité étrange. C'est Claude Frollo, l'archidiacre de Notre-Dame.
Gringoire observe, oubliant presque sa déception. La danse s'achève, et la jeune fille fait circuler un tambourin pour recueillir quelques pièces. Puis elle disparaît dans la nuit avec sa petite chèvre blanche, Djali, qui sait faire des tours extraordinaires.
Le poète, sans argent et sans logis, erre dans les rues sombres de Paris. Il suit machinalement la Esmeralda, comme attiré par sa lumière. Mais soudain, dans une ruelle étroite, il entend un cri perçant. Il se précipite et voit deux hommes qui tentent d'enlever la danseuse. L'un d'eux, grand et fort, est Quasimodo, le sonneur de cloches de Notre-Dame. L'autre, vêtu de noir, semble les diriger.
Gringoire veut intervenir, mais à ce moment, une patrouille de la garde arrive au galop. "À moi, nuit du guet !" crie le capitaine Phoebus de Châteaupers.
Quasimodo, surpris, se défend comme un lion. Il assomme plusieurs gardes de son poing énorme. Mais finalement, il est maîtrisé et ligoté. L'homme en noir a disparu dans l'ombre. La Esmeralda, tremblante mais sauve, remercie le beau capitaine qui la regarde avec admiration.
Quant à Gringoire, perdu dans cette aventure, il continue son chemin dans la nuit parisienne, ignorant que cette rencontre fortuite va changer le cours de sa vie et le lier à tous ces personnages : la belle bohémienne, le sonneur difforme, l'archidiacre mystérieux, et le capitaine brillant.
Le premier chapitre s'achève ainsi, établissant les fils d'une intrigue qui se nouera autour de la cathédrale Notre-Dame, témoin silencieux des passions humaines.
