Lettres de mon moulin

Alphonse Daudet (1869)

Ch. 1/8
0%

Chapitre 1 sur 8

Installation

~1 min de lecture205 mots

Je venais enfin de prendre possession de mon moulin ! Ce vieux moulin à vent abandonné, planté sur une colline au milieu des pins et des chênes verts, tournait depuis des années sans moudre un grain de blé. Les ailes étaient immobiles, la grande roue de pierre silencieuse. Mais pour moi, c'était le paradis. J'avais fui Paris, son bruit, sa grisaille. Ici, le mistral chantait dans les arbres, le soleil dorait les pierres. J'installai mon écritoire près de la petite fenêtre. Des lézards verts couraient sur le mur. Une famille de hiboux, mes prédécesseurs, me regardait d'un air surpris du fond de leur grenier. Je leur promis de ne pas les déranger. Le premier soir, allongé sur l'herbe sèche, je regardais les étoiles apparaître une à une. Le silence était si profond que j'entendais battre mon propre cœur. J'étais chez moi. Le vent apportait des senteurs de thym et de romarin. Au loin, un chien aboyait dans une ferme. Je pensais à tous les meuniers qui avaient vécu ici, à la farine qui avait volé, aux chansons provençales qui avaient résonné contre ces murs. Maintenant, c'était à mon tour d'habiter ces lieux et d'y écrire mes propres histoires, mes « lettres de mon moulin ».

• • •
Littera