Il est des ouvrages de l'esprit qui, comme les fleurs, éclosent en un jour et se fanent aussi vite. D'autres, plus solides, traversent les siècles. Le vrai mérite d'un livre ne se mesure point à la rumeur qu'il suscite à sa naissance, mais au silence respectueux qui l'entoure longtemps après. On voit des auteurs qui, avides de louanges, écrivent pour la mode du moment ; leurs pensées sont légères, leur style affecté. Ils ressemblent à ces hommes qui se parent de vêtements voyants pour cacher la pauvreté de leur corps. Le véritable écrivain, lui, cherche moins à plaire qu'à instruire ; il peint la nature humaine avec des traits si justes que chaque lecteur croit se reconnaître. Sa plume est un miroir où l'homme se voit, non pas tel qu'il voudrait être, mais tel qu'il est. Combien d'ouvrages prétendus nouveaux ne sont que d'anciennes pensées habillées de mots nouveaux ? La vraie nouveauté est dans la justesse de l'observation, dans cette lumière crue jetée sur les replis du cœur. Un bon livre est un ami qui vous parle avec franchise, sans flatterie ni complaisance. Il ne flatte pas vos vices, il les nomme ; il n'exalte pas vos vertus, il les montre dans leur simplicité. Lire un tel ouvrage, c'est faire un voyage en soi-même, un pèlerinage parfois rude, mais toujours salutaire. Les grands esprits se reconnaissent à ceci : ils disent ce que tous pensent, mais d'une manière que personne n'avait su dire avant eux. Leur génie n'est pas d'inventer des chimères, mais de révéler des vérités cachées sous l'épaisse couche de l'habitude. Méfiez-vous de l'auteur qui cherche à éblouir par des traits d'esprit ; souvent, ce ne sont que des feux follets qui dansent sur un marécage. La profondeur véritable est calme et claire comme l'eau d'une source. Un style naturel, des pensées fortes, une morale sévère mais juste : voilà les marques des ouvrages qui demeurent. Le reste n'est que bruit et fumée, qui se dissipe au premier vent.
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Des ouvrages de l'esprit
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