Ce matin, en arrivant à l’école, la maîtresse, Mme Dupont, nous a annoncé une grande nouvelle. « Aujourd’hui, c’est le jour de la photo de classe ! » a-t-elle dit en souriant. Tout le monde a crié « Oh ! » et « Ah ! » parce que c’est un événement important. Moi, Théo, j’étais content, mais aussi un peu inquiet, parce que sur les photos, je fais toujours une drôle de tête, comme si j’avais avalé un citron. Après la récréation, Mme Dupont nous a dit de nous mettre en rang dans la cour, près du grand marronnier, pour que le photographe puisse nous prendre en photo. C’est là que les ennuis ont commencé. D’abord, il a fallu décider qui serait devant. « Les plus petits devant ! » a dit Mme Dupont. Hugo, qui est un peu bagarreur, s’est tout de suite mis en colère. « Je ne suis pas petit ! » a-t-il crié en donnant un coup de pied dans un caillou. « Si tu continues, Hugo, tu seras derrière tout le monde », a répondu la maîtresse d’une voix calme. Hugo a fait la grimace, mais il s’est mis au premier rang, à côté de Léo, qui était en train de lire un livre sur les fourmis et qui n’avait pas du tout l’air de s’intéresser à la photo. Ensuite, il y a eu le problème de Bastien. Bastien, c’est mon copain qui pense tout le temps à manger. Il était au deuxième rang, et il a sorti de sa poche un énorme sandwich au jambon. « Tu ne vas pas manger ça maintenant, Bastien ! » a dit Mme Dupont. « Mais si, maîtresse, j’ai faim ! » a répondu Bastien avec la bouche pleine. Le photographe, un monsieur avec un grand appareil sur un trépied, est arrivé à ce moment-là. Il a vu Bastien avec son sandwich et il a fait une drôle de tête. « Il faut que tout le monde soit prêt ! » a-t-il dit. Puis Raphaël, qui est très riche et qui aime se vanter, a levé la main. « Maîtresse, moi je devrais être au milieu, parce que j’ai une nouvelle chemise très chic, et elle coûte très cher, mon papa l’a achetée à Paris. » Tout le monde a regardé sa chemise, qui était bleue avec des petits bateaux. « Elle est bien, ta chemise, Raphaël », a dit Hugo, « mais la mienne est plus solide pour se battre. » Et il a tiré sur son propre col. Mme Dupont a soupiré. « Raphaël, reste où tu es, s’il te plaît. Et Hugo, ne tire pas sur ta chemise, tu vas la déchirer. » Le photographe a commencé à installer son appareil. « Bon, les enfants, on va faire un essai. Sourriez ! » a-t-il dit. J’ai essayé de sourire, mais je sentais que ça faisait bizarre. À côté de moi, Bastien avait fini son sandwich et il cherchait des miettes dans ses poches. Hugo faisait des grimaces à Léo, qui continuait à lire son livre. « Léo, tu peux ranger ton livre, s’il te plaît ? » a demandé Mme Dupont. Léo a levé les yeux, surpris, comme s’il se réveillait. « Oh, pardon, maîtresse, je lisais un chapitre passionnant sur la reine des fourmis. » Il a rangé son livre. Le photographe a regardé dans son appareil. « Le garçon au premier rang, à gauche, tu as de la confiture sur le menton. » C’était Bastien, bien sûr. Mme Dupont lui a donné un mouchoir. « Et maintenant, tout le monde regarde ici ! Un, deux, trois... » Au moment où il allait prendre la photo, Raphaël a crié : « Attendez ! Ma cravate n’est pas droite ! » Il avait une cravate rouge, même si on était en short et en tee-shirt. Il a passé deux minutes à l’arranger. Le photographe a commencé à s’énerver. « Dépêchons-nous, la lumière va changer ! » a-t-il dit. Finalement, tout le monde était à peu près en place. « Sourriez ! » a-t-il répété. J’ai fait un grand sourire, mais Hugo, à côté de moi, a donné un petit coup de coude à Raphaël. « Tu crois que ta cravate est plus belle que ma cicatrice ? » a chuchoté Hugo. Raphaël a répondu : « Bien sûr, elle vient d’un magasin de luxe. » Hugo a froncé les sourcils. « Une cicatrice, c’est plus rare qu’une cravate ! » Et ils ont commencé à se chamailler tout bas. Le photographe a pris la photo à ce moment-là. « Parfait ! » a-t-il dit. Mais Mme Dupont a levé la main. « Je crois qu’il y a eu un problème, monsieur. Hugo et Raphaël se disputaient. » Le photographe a regardé sa photo sur un petit écran. « Oh là là ! En effet, le garçon à la cravate tire la langue, et l’autre fait les gros yeux. Il faut recommencer. » Tout le monde a grogné. « C’est de ta faute ! » a dit Raphaël à Hugo. « Non, c’est toi ! » a répondu Hugo. Et ils ont failli se battre, mais Mme Dupont les a séparés. « Si vous n’êtes pas sages, j’appelle le directeur, M. Garnier. » À ce moment, justement, M. Garnier est sorti de son bureau. Il avait l’air très sérieux, comme toujours. « Quel est ce bruit ? » a-t-il demandé d’une voix grave. « Nous faisons la photo de classe, monsieur le directeur », a expliqué Mme Dupont. M. Garnier a regardé nos rangs. « Je vois. Et pourquoi ce garçon a-t-il les mains pleines de miettes ? » Il montrait Bastien. « Et pourquoi cet autre lit-il un livre pendant la photo ? » Il montrait Léo, qui avait ressorti son livre sur les fourmis. Léo a vite caché le livre derrière son dos. « Désolé, monsieur le directeur. » M. Garnier a fait un signe de tête. « Je veux une photo digne de notre école. Alors, soyez sages. » Il est reparti dans son bureau. Le photographe, qui commençait à s’arracher les cheveux (il en avait très peu, alors c’était inquiétant), a dit : « Une dernière fois, les enfants ! Plus un bruit ! » On s’est tous mis bien droit. J’ai pensé à quelque chose de drôle pour sourire naturellement. Bastien a essayé de ne pas penser à la nourriture. Hugo a serré les poings pour ne pas se battre. Raphaël a ajusté sa cravate une dernière fois. Léo regardait droit devant, sans livre. « Un, deux, trois... souriez ! » a dit le photographe. Et CLAC ! La photo était prise. « Enfin ! » a soupiré le photographe. Mme Dupont avait l’air soulagée. « Merci, les enfants. Vous pouvez retourner en classe. » En rentrant, Bastien m’a dit : « Tu crois qu’on verra mon sandwich sur la photo ? » Hugo a dit : « Moi, j’espère qu’on verra ma cicatrice, elle est trop bien. » Raphaël a répondu : « Ma cravate sera bien plus visible. » Et Léo a murmuré : « Je me demande si les fourmis font des photos de classe... » Moi, j’espère juste que je souris normalement, pour une fois. Ce soir, je demanderai à mes parents de commander beaucoup de copies, parce que c’était une aventure mémorable, la photo de classe.
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La photo de classe
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