SILVIA, dans le salon de son père Monsieur Orgon, se confie à sa suivante Lisette. Son visage trahit une inquiétude profonde. « Lisette, mon père a consenti à ce mariage avec Dorante, mais comment puis-je épouser un homme que je ne connais point ? Je redoute qu'il ne m'aime que pour ma fortune, ou que son cœur ne soit qu'une façade de politesse. »
Lisette, espiègle, lui propose une idée : « Et si vous preniez ma place, Madame ? Le seigneur Dorante arrive aujourd'hui incognito, dit-on, pour vous observer. Qui sait s'il n'a pas, lui aussi, imaginé un déguisement ? »
Séduite par ce jeu, Silvia accepte. Elle endossera les habits de Lisette. Ainsi, cachée sous les apparences d'une soubrette, elle pourra étudier le vrai caractère de son prétendant. Monsieur Orgon, amusé par la ruse de sa fille, y consent. Il sait, lui, que Dorante voyage en effet sous un déguisement, ayant eu la même idée que Silvia. Le père observe donc, en connaisseur, le double quiproquo qui se prépare.
Arrive Dorante, déguisé en son propre valet, sous le nom de Bourguignon. Il est introduit auprès de « Lisette » – en réalité Silvia. Leurs premiers échanges sont vifs, empreints d'une curiosité mutuelle qui les trouble. « Vous êtes bien hardi pour un valet, Bourguignon ! » lance Silvia, feignant l'indignation. « Et vous, Mademoiselle, bien libre pour une suivante », rétorque Dorante, captivé malgré lui par l'esprit de cette prétendue servante. Un trouble naît, inexplicable, au milieu de leurs répliques feutrées.
