Il est un phénomène aussi étrange que terrible à considérer : voir des millions d'hommes, misérablement asservis, la tête courbée sous un joug qu'ils pourraient briser d'un seul mouvement. Ils ne sont point contraints par une force supérieure, mais semblent enchaînés par une sorte de sortilège, ou par leur propre volonté. Le tyran, lui, n'a que la puissance qu'on lui donne. Il n'a que deux yeux, deux bras, qu'un corps comme le moindre des habitants de son royaume. D'où vient donc cette puissance monstrueuse, sinon de vous-mêmes ? C'est vous qui lui fournissez les armes pour vous détruire, les richesses pour vous piller, les corps pour accomplir ses desseins. Le premier pas vers la servitude n'est pas la contrainte physique, mais l'habitude. On s'habitue à obéir avant même de comprendre qu'on pourrait refuser. On naît libre, et l'on apprend la soumission comme une seconde nature. La nature nous a faits compagnons, égaux ; la coutume nous façonne en sujets. Ce n'est pas le maître qui est fort, c'est l'esclave qui consent à sa faiblesse. Réfléchissez à cette énigme : pourquoi tant d'hommes endurent-ils patiemment le mal, alors qu'il suffirait de ne plus le supporter pour qu'il cesse ?
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L'Énigme de la Soumission
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