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Les Misérables - La mort de Gavroche

Victor Hugo 4 min de lecture
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Gavroche ramassait les cartouches sous le feu. Les balles sifflaient autour de lui comme des guêpes. Le gamin de Paris gambadait entre les morts, remplissant son panier.

Il chantait : « Je suis tombé par terre, C'est la faute à Voltaire, Le nez dans le ruisseau, C'est la faute à Rousseau. »

Une balle fit voler sa casquette. Il la ramassa et continua.

« Je ne suis pas notaire, C'est la faute à Voltaire, Je suis petit oiseau, C'est la faute à Rousseau. »

Les insurgés derrière la barricade lui criaient de revenir. Mais Gavroche ne les entendait pas. Ou faisait semblant de ne pas les entendre. Il y avait encore des cartouches à ramasser.

Une deuxième balle frôla son épaule. Il se redressa, insolent, face aux soldats.

« Joie est mon caractère, C'est la faute à Voltaire, Misère est mon trousseau, C'est la faute à... »

Il n'acheva pas. Une troisième balle le frappa en pleine poitrine. Le petit corps s'affaissa doucement sur le pavé.

Gavroche était mort. Il avait douze ans.

Mais il avait vécu plus intensément que beaucoup d'adultes. Il avait ri, chanté, aimé la liberté. Et il était mort en chantant, face à l'ennemi, sans jamais avoir eu peur.

Les hommes sur la barricade pleuraient. Gavroche, le petit voyou des rues, était devenu un héros.

Littera