Le Silence des Sources
Où sont passés les chants des ruisseaux, les murmures argentés sous les mousses ? Ils ont été étouffés par notre indifférence, nos déchets en guise d’offrandes. La terre, cette mère patiente, gémit sous les plastiques qui l’étranglent. Ses veines d’eau claire sont devenues opaques, charriant nos secrets honteux.
Les arbres, sentinelles immobiles, dressent leurs bras vers un ciel indifférent. Ils se souviennent des matins de rosée, du ballet des libellules sur l’étang. Aujourd’hui, le ballet est un cauchemar, une danse lente autour des détritus. Leurs racines cherchent en vain une eau pure, une parole non polluée.
Nous, les enfants de l’ère du béton, nous avons oublié le goût de l’air vif. Nous confondons la nature avec un décor, un simple arrière-plan à nos vies. Pourtant, elle palpite encore, fragile et résistante, dans l’ombre des villes. Elle attend un geste, un regard, un repentir.
Écoutez son souffle court, son appel étouffé sous les bruits des machines. Elle ne demande pas un miracle, mais une attention, un petit matin de respect. Rendons-lui ses couleurs, dégageons ses pores, laissons-la respirer à nouveau. Car si ses sources se taisent à jamais, qui étanchera notre soif d’avenir ?
Le poème est un avertissement, une supplique écrite avec de l’encre verte. Il est semé dans le vent, espérant prendre racine dans un cœur, puis un autre. Pour que renaissent, peut-être, les chants des ruisseaux, les murmures argentés. Pour que la terre retrouve sa voix, et nous, notre place dans le chœur du vivant.
