theatrecollegesociete

Le Procès de la Fontaine

Samuel Duvall 12 min de lecture
Mode Audio

(Une salle de classe transformée en tribunal. Le Juge, un élève, est assis à l'estrade. Le BANQUIER et L'ÉCOLOGISTE sont à la barre. Des élèves jouent le jury, le greffier, l'avocat.)

Juge : La séance est ouverte. Nous examinons aujourd'hui l'affaire de la fontaine municipale. La ville envisage de la condamner pour gaspillage d'eau. Maître Lemoin, plaidoyer pour la défense.

AVOCAT DE LA DÉFENSE (se levant) : Merci, Monsieur le Juge. Cette fontaine n'est pas un gaspillage, c'est un patrimoine ! Depuis 1892, elle rafraîchit la place du village. Les anciens y ont bu, les enfants y ont joué. Elle est au cœur de notre vie sociale. La condamner, c'est assécher notre mémoire collective.

Juge : Maître Ration, pour la poursuite.

AVOCAT DE LA POURSUITE (se levant, sévère) : Patrimoine ? Sentiment ! Les faits sont têtus. Cette fontaine perd 30 litres d'eau par jour par évaporation et fuites. Dans un contexte de réchauffement climatique, c'est indécent. L'argent de son entretien pourrait financer des citernes de récupération d'eau de pluie pour l'école !

BANQUIER (témoin, appelé par la poursuite) : Je confirme. Sur un plan strictement économique, la fontaine est un gouffre. Son coût d'entretien annuel équivaut à l'achat de dix ordinateurs pour le collège. La rationalité commande de la mettre hors service.

ÉCOLOGISTE (témoin, appelé par la défense) : La rationalité ne se résume pas à l'argent ! Une fontaine, c'est de l'eau qui circule, visible, palpable. Elle rappelle à tous que l'eau est précieuse, justement. La supprimer, c'est cacher le problème dans des tuyaux. Et puis, elle abrite des mousses, des insectes, c'est un micro-écosystème en ville !

Juge : Le jury a-t-il des questions ?

UNE ÉLÈVE DU JURY : Est-ce qu'on ne pourrait pas la moderniser ? La rendre plus économe ?

AVOCAT DE LA DÉFENSE : Excellente idée ! Un système de recyclage de l'eau en circuit fermé est possible. Coûteux au départ, mais viable.

AVOCAT DE LA POURSUITE : Un compromis coûteux reste un compromis. L'argent public doit servir l'intérêt général, pas un décor.

Juge : La cour va délibérer. (Le jury chuchote.) Après délibération, le verdict est rendu. La fontaine ne sera pas condamnée. Elle sera mise en probation : la ville a six mois pour lui installer un système de recyclage. Si elle échoue, elle sera arrêtée. Ainsi, nous concilions mémoire et progrès, beauté et responsabilité. La séance est levée.

(Tous sortent, discutant vivement. La pièce se termine sur l'image de la fontaine, silencieuse mais toujours présente.)

Littera