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Le Choix de Samuel

Antoine Morel 10 min de lecture
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(La scène se passe dans la cour du collège, après les cours. SAMUEL, 13 ans, est assis sur un banc, son sac à dos à côté de lui. Il regarde un téléphone. MATHIS et ENZO arrivent, excités.)

MATHIS : Alors, Samuel, tu viens ? Tout le monde y va ! SAMUEL (levant à peine les yeux) : Où ça ? ENZO : Au hangar abandonné, derrière la gare ! Lucas dit qu’il y a des vieilles affaires super à récupérer. Des trucs qui traînent depuis des années. SAMUEL (refermant son téléphone) : C’est… c’est sur un terrain privé, non ? Et « récupérer », tu veux dire voler. MATHIS (ricanant) : Oh, arrête ! Personne n’en veut, de ces vieilleries. Ça ne fait de mal à personne. C’est juste pour rigoler. SAMUEL : Et si on se fait prendre ? ENZO : On ne se fera pas prendre. On est malins. Allez, sois pas un rabat-joie. Tu fais toujours tout comme il faut, c’est fatigant à la fin. (Samuel se tait, regardant ses mains. Un silence.)

MATHIS (plus sérieux) : Écoute, c’est important pour nous. Pour la bande. Si tu n’y vas pas, tu resteras le « premier de la classe », le chouchou des profs. Mais tu ne seras plus des nôtres. C’est ça, ton choix ? (Samuel se lève, prend son sac.)

SAMUEL : Mon père m’a raconté une histoire, l’autre jour. Quand il avait mon âge, il a suivi des copains pour graffer un mur. Ils se sont fait arrêter. Ça a coûté très cher à ses parents, et la honte… Il m’a dit que le plus dur n’avait pas été la punition, mais de se regarder dans la glace le matin pendant des mois. ENZO : Les temps ont changé ! C’est pas pareil. SAMUEL : Si, c’est pareil. Le choix est pareil. Ce n’est pas entre être un rabat-joie ou un cool. C’est entre ce qui est juste et ce qui est facile. Et je… je ne peux pas. Je ne viendrai pas. (Mathis et Enzo échangent un regard déçu, presque méprisant.)

MATHIS : Comme tu veux. Reste dans ton monde parfait. (Ils s’éloignent. Samuel reste seul sur le banc. Il soupire, semble triste. Puis il sort un livre de son sac et se met à lire. Quelques minutes plus tard, LÉA, une camarade de classe, s’approche.)

LÉA : Salut Samuel. Tu es seul ? SAMUEL (haussant les épaules) : Apparemment. LÉA : J’ai entendu. Je… je pense que tu as eu raison. Moi, je n’aurais peut-être pas eu le courage de dire non. Mais je suis contente que quelqu’un l’ait fait. (Samuel la regarde, surpris.)

SAMUEL : Tu crois ? LÉA : Oui. Le courage, ce n’est pas de suivre. C’est parfois de rester assis sur son banc. (Elle s’assoit à côté de lui. Samuel esquisse un sourire. La scène se fonde sur eux, assis côte à côte, alors que le soleil décline.)

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