Le Chant du Cartable
Mon cartable est un navire aux flancs lourds de secrets, Qui chaque matin vogue vers l'île aux savoirs concrets. Ses fermoirs claquent, échos d'un port qui s'éveille, Ses bretelles usées sont les cordages d'une merveille.
Il a connu la pluie fine et le soleil ardent, Les cahiers froissés, les stylos qui se vident en rêvant. Il a porté des mots d'amour griffonnés en hâte, Et des problèmes de maths qui, la nuit, le hantent.
Un jour, il s'est ouvert sur le trottoir gris, Ses pages ont volé comme des oiseaux étourdis. Un inconnu s'est penché, a ramassé chaque feuille, Et dans ses yeux j'ai vu une bienveillance qui m'accueille.
Depuis, mon cartable n'est plus seulement un poids, Mais le coffre d'un trésor que je choisis, parfois. J'y glisse un caillou lisse, un ticket de cinéma, La preuve que la vie, autour, bat son aria.
Le soir, il repose contre ma chaise de bois, Rêvant peut-être aux continents qu'il n'a jamais vus. Il murmure doucement les bruits de la journée : Les rires en cascade, les « à demain » bousculés.
Et quand ses coutures céderont, usées par le temps, Je saurai qu'il fut mon premier vrai compagnon de vent. Un vaisseau silencieux sur l'océan des années, Gardien de mes printemps à jamais enfouïs.
