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La Parure (extrait)

Guy de Maupassant 5 min de lecture
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Madame Loisel était une de ces jolies femmes nées par erreur dans une famille d'employés. Elle souffrait sans cesse de sa condition modeste. Elle rêvait de réceptions élégantes, de bijoux, de robes somptueuses.

Un soir, son mari rentra avec un air triomphant, tenant une grande enveloppe. — Tiens, dit-il, voilà quelque chose pour toi.

C'était une invitation au bal du Ministère. Mais au lieu d'être ravie, Mathilde jeta l'invitation sur la table avec dépit. — Que veux-tu que je fasse de cela ? Je n'ai rien à me mettre !

Son mari lui donna toutes ses économies pour une robe. Mais il lui fallait aussi des bijoux. Elle alla en emprunter à son amie, madame Forestier, qui lui prêta une magnifique rivière de diamants.

Le soir du bal, madame Loisel fut un triomphe. Tous les hommes la regardaient, demandaient son nom. Elle dansa jusqu'à quatre heures du matin, ivre de plaisir.

Mais en rentrant chez elle, elle poussa un cri d'effroi : la rivière de diamants avait disparu !

Ils cherchèrent partout, en vain. Pour remplacer le bijou, ils empruntèrent trente-six mille francs et achetèrent une parure identique.

Dix ans plus tard, madame Loisel avait bien changé. Elle était devenue forte, dure, et mal peignée, à force de travail pour rembourser leur dette. Un jour, elle croisa madame Forestier, toujours jeune et belle.

— Ah ! ma pauvre Mathilde, comme tu as changé ! — Oui, j'ai eu des jours bien durs, et bien des misères... et cela à cause de toi ! — De moi ?... Comment cela ? — Tu te rappelles cette rivière de diamants que tu m'as prêtée ? — Oui. Eh bien ? — Eh bien, je l'ai perdue. — Comment ! puisque tu me l'as rapportée ? — Je t'en ai rapporté une autre toute pareille. Et voilà dix ans que nous la payons.

Madame Forestier, fort émue, lui prit les deux mains. — Oh ! ma pauvre Mathilde ! Mais la mienne était fausse. Elle valait au plus cinq cents francs !...

Littera