La Grève des Couleurs
(Une salle de réunion abstraite. Autour d'une table, les COULEURS sont représentées par des acteurs aux vêtements unis.)
ROUGE, (tapant du poing sur la table) : Assez ! Je suis épuisé de n'être que colère, danger et interdiction. Je veux aussi être rose, être amour !
BLEU, (calme mais ferme) : Et moi, on me cantonne à la tristesse et à la froideur. Où est ma part de ciel serein, d'océan profond et apaisant ?
VERT, (s'étirant) : La nature, c'est bien, mais je suis aussi le poison, le bizarre. Pourquoi toujours m'associer à la simple pelouse ?
JAUNE, (pétillant) : Joie, soleil, oui ! Mais aussi maladie, jalousie... On nous assigne des rôles, on nous enferme dans des cases !
NOIR : (silence pesant)
BLANC : (le regarde)
NOIR : Ils ont peur de moi. Je suis le deuil, le vide, le mal.
BLANC : Et moi, on me dit fade, vide aussi, ou alors pureté impossible. C'est lassant.
ROUGE : Alors, motion votée. À partir de demain, grève générale. Plus aucune couleur ne jouera son rôle attribué.
(Le lendemain, le monde se réveille méconnaissable. Les feux tricolores clignotent en violet, marron et orange, créant un chaos total. Les pommes sont bleues, l'herbe est écarlate. Les visages des gens deviennent gris de confusion.)
UN ENFANT, (sur scène, regardant un dessin) : Maman, pourquoi mon soleil est vert et mon arbre rose ? C'est bizarre... mais j'aime bien.
(Les couleurs, cachées, observent. Elles voient la panique, mais aussi des sourires devant certaines surprises. Une vieille dame rit devant sa maison peinte en jaune vif. Un peintre se met à créer avec frénésie.)
BLEU, (réfléchissant) : Peut-être avons-nous eu tort. Notre force n'est pas dans la rébellion, mais dans la diversité et les mélanges.
ROUGE : Et dans la liberté de choix de ceux qui nous utilisent.
Elles décident de reprendre du service, mais avec une nouvelle charte : accepter les nuances, les contextes, et se laisser parfois surprendre. Le monde retrouva ses repères, mais avec une palette infiniment plus riche et libre.
