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La Constitution du Clan des Roses

Fanny Maréchal 7 min de lecture
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Tout a commencé par un conflit stupide au collège des Cèdres : qui avait le droit d'utiliser le meilleur panier de basket pendant la récréation ? Les grands de quatrième s'en étaient arrogé l'usage exclusif, provoquant la colère des sixièmes. Au lieu d'une bagarre générale, Lila, une cinquième observatrice, eut une idée. Elle convoqua une assemblée extraordinaire dans un coin du préau, ouverte à tous les niveaux. « On va rédiger une constitution », déclara-t-elle. Les autres la regardèrent, perplexes. Elle expliqua : « Des règles écrites que tout le monde accepte, pour partager le terrain et éviter les injustices. » La séance de négociation fut houleuse. Les grands voulaient plus de temps car ils « jouaient mieux ». Les petits exigeaient l'égalité. Après une heure de débats, un compromis émergea : le terrain serait divisé en deux créneaux. Le premier, réservé aux matchs sérieux (où les quatrième étaient prioritaires mais devaient intégrer au moins deux plus jeunes dans leurs équipes). Le second, dédié à l'entraînement libre et au « un contre un », avec un temps maximum par personne si quelqu'un attendait. Ils ajoutèrent des articles sur le respect de l'arbitrage (le plus jeune présent serait arbitre, et sa décision serait incontestable), sur l'entretien du matériel (celui qui abîmait le ballon le réparait ou en apportait un nouveau), et sur la résolution des conflits (une commission de trois élèves, tirés au sort, trancherait). Ils écrivirent le tout sur une grande feuille, la signèrent et la scotchèrent près des paniers. Au début, certains ricanèrent. Mais très vite, la clarté des règles apaisa les tensions. Même les surveillants trouvèrent le système ingénieux et l'appliquèrent à d'autres zones de conflit, comme les tables de ping-pong. La Constitution du Clan des Roses (ainsi nommée car Lila avait dessiné une rose en haut de la page) devint un document vivant, amendable chaque trimestre par vote. Elle apprit à ces collégiens des notions fondamentales : le compromis, la souveraineté des règles sur la force brute, et l'idée que l'espace commun appartient à tous et nécessite une organisation démocratique. Une petite république était née dans la cour de récréation.

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