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La Carte des Souffles Perdus

Élise Valtersen 3 min de lecture
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Il avait hérité d'une boussole sans aiguille, Dont le cadran de cuivre gravé montrait Non pas les points cardinaux, mais des noms de vents oubliés : Le Zéphyr des Rêves, le Simoun des Colères anciennes. Son grand-oncle, cartographe des brumes, Lui avait murmuré avant de s'éteindre : « Elle pointe non vers le nord, mais vers l'appel. »

Un matin de novembre, l'objet s'était mis à chanter, Un son cristallin, pareil à un grelot de givre. L'aiguille fantôme, soudain visible, tournoya Et se figea sur « Le Souffle qui Déracine les Chênes ». Le garçon plia un manteau, quatre pommes, une corde, Et partit, poussé par une curiosité plus forte que le doute. Il traversa la forêt où les arbres penchaient tous à l'ouest, Comme figés dans une fuite éternelle.

Le vent le guidait, sculptant son chemin dans les fougères. Il marcha trois jours et trois nuits, Écoutant le chuchotement des feuilles mortes, Jusqu'à une falaise abrupte, face à l'océan. Là, le Souffle hurlait, arrachait les embruns. Et dans la paroi, une faille, une bouche obscure. Le cœur battant, il s'y engagea, rampant dans le noir, Guidé par le seul chant de la boussole.

La galerie déboucha sur une grotte immense, Où la lumière, filtrant d'une coupole de cristal, Dansait sur un lac souterrain aux eaux parfaitement immobiles. Au centre, sur un îlot de pierre, un arbre unique poussait, Ses racines plongeant dans l'eau noire, ses branches soutenant la voûte. C'était un chêne, mais en son bois couraient des veines de lumière. Le Souffle qui Déracine les Chênes n'était pas ici pour détruire, Mais pour réveiller. Il dansait autour de l'arbre, doux et puissant.

Le garçon comprit. Il ne s'agissait pas de conquête, Mais de préservation. Les vents sur la boussole n'étaient pas perdus, Ils se cachaient, gardiens de secrets trop fragiles pour le monde d'en haut. Il trempa sa main dans le lac, et l'eau, mémoire liquide, Lui montra des forêts anciennes, des cieux disparus. Il repartit, laissant le sanctuaire à son silence. La boussole, désormais muette, ne pointerait plus. Mais parfois, dans le vent qui frappait sa fenêtre, Il reconnaissait une mélodie, et savait qu'il avait, un jour, Marché jusqu'au cœur battant du monde.

Littera