La Carte des Mondes Givrés
Trouver la vieille carte dans l'atlas du grenier fut le premier événement étrange. Dessinée sur un parchemin qui semblait fait de paillettes de glace, elle décrivait non pas des continents, mais des « couches de givre » superposées, avec des noms comme « Royaume des Rafales Éternelles » ou « Forêt de Stalactites Chantantes ». Le nom de Nils, le jeune frère de Maëlle, y était inscrit à l'encre argentée, au point marqué « Porte des Souffles ». Et Nils, justement, était tombé dans un coma inexplicable, son corps froid comme la glace.
Maëlle, quatorze ans, comprit qu'elle n'avait pas le choix. Elle se prépara, emportant une écharpe épaisse, une lampe de poche et la carte mystérieuse qui restait froide au toucher. La « Porte des Souffles » se révéla être le vieux ventilateur mural de la cave, qui, lorsqu'elle l'alluma à minuite en tenant la carte, se mit à aspirer non pas l'air, mais la lumière de la pièce. Un vortex silencieux l'engloutit.
Elle atterrit dans un paysage de neige éternelle et de ciel violet. Un froid perçant lui mordit le visage, mais la carte dans sa poche diffusait une chaleur protectrice. Guidée par ses symboles, elle traversa une plaine où les flocons tombaient à l'horizontale, contourna des geysers de givre et suivit le chemin indiqué par des cristaux qui résonnaient comme des cloches. Elle croisa des créatures de glace, élancées et curieuses, qui l'observèrent sans hostilité. L'une d'elles, un renard aux yeux de saphir, lui fit signe de le suivre jusqu'à un palais de glace sculpté.
À l'intérieur, sur un lit de frimas, reposait la forme translucide de Nils, ou plutôt son essence gelée. La Reine du Givre, une femme aux cheveux blancs et à la robe changeante, lui expliqua d'une voix cristalline : « Son esprit a été attiré ici par un appel ancien, un héritage dont il ignorait tout. Pour le libérer, tu dois affronter le Gardien du Froid Originel et récupérer l'étincelle de vie qu'il a capturée. » Le Gardien était un géant de glace immobile au cœur d'un lac gelé. Maëlle, le cœur battant, s'approcha. Elle ne brandit aucune arme, mais sortit la carte. À son contact, le géant frémit, et des images de foyers chaleureux, de rires d'enfants et de soleil d'été semblèrent émaner du parchemin. Le géant, touché par cette chaleur humaine dont il était privé, fondit lentement, libérant une petite flamme bleue. Maëlle la captura dans ses mains et la rapporta au palais. Lorsqu'elle la souffla sur la forme de Nils, la glace fondit, et son frère ouvrit les yeux, souriant. Ils revinrent par le même vortex, dans la cave, au petit matin. Nils était guéri, et seul un léger givre sur leurs chaussures attestait de leur incroyable aventure dans le monde fantastique du givre.
