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Kamo, l'agence Babel (extrait)

Daniel Pennac 3 min de lecture
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Kamo était mon meilleur ami. Mais Kamo était bizarre. Très bizarre.

Par exemple, il parlait à ses correspondants. Pas au téléphone, non. Il leur parlait pour de vrai, comme s'ils étaient là, dans sa chambre.

Tout avait commencé quand notre prof d'anglais avait eu cette idée géniale : nous trouver des correspondants du monde entier.

— Vous allez écrire en anglais à des élèves de votre âge, avait-elle dit. Ils vous répondront. C'est le meilleur moyen d'apprendre une langue !

Kamo avait reçu sa première lettre. Elle venait de Russie. D'une fille qui s'appelait Nastia.

Dès lors, tout changea. Kamo passait des heures à écrire ses réponses. Et surtout, il parlait à Nastia comme si elle était là :

— Tu sais, Nastia, aujourd'hui j'ai eu 18 en maths...

— Nastia, tu connais le dernier album de...

Moi, ça me faisait flipper. Mon copain devenait dingue, c'était sûr.

Mais le plus étrange, c'est que ses notes montaient en flèche. En anglais, bien sûr, mais aussi dans les autres matières. Kamo était transformé. Il avait trouvé quelqu'un à qui raconter sa vie, quelqu'un qui l'écoutait (même à des milliers de kilomètres), et ça le rendait heureux.

Finalement, j'ai compris : on a tous besoin de quelqu'un à qui se confier. Même si cette personne est loin. Même si on ne la verra peut-être jamais.

Littera