Voyage au centre de la Terre
**Contexte :** Le professeur Lidenbrock, un savant excentrique, a découvert un mystérieux parchemin runique dans un vieux livre. Avec l'aide de son neveu Axel, il a déchiffré le message qui indique un passage vers le centre de la Terre par le cratère du volcan Sneffels, en Islande. Les deux hommes, accompagnés du guide islandais Hans, viennent de descendre dans les profondeurs du volcan éteint. Après plusieurs jours de descente dans des galeries obscures, ils arrivent à un carrefour de deux chemins. Le professeur, sûr de lui, choisit la galerie de l'est. Mais après des heures de marche, ils se retrouvent dans une impasse... C'est le moment où Axel, épuisé et découragé, fait une terrible découverte.
**Extrait emblématique : Le Manque d'Eau (Chapitre XVII - adapté)**
Nous avions marché pendant dix heures. Je ne pouvais plus estimer le temps ni la distance. Un silence de mort nous enveloppait, à peine troublé par le bruit de nos pas. Soudain, je m'aperçus que les parois de la galerie changeaient. La lave brillante, qui nous avait éclairés par sa propre lumière, s'était éteinte. À sa place, des roches sombres et ternes apparaissaient. Le tunnel devenait de plus en plus étroit.
Je m'arrêtai net.
« Oncle ! » dis-je d'une voix qui me parut étrangère.
Il se retourna. « Qu'y a-t-il, Axel ?
— La lumière ! La lumière s'en va ! Regardez ces parois ! »
Le professeur Lidenbrock promena sa lampe sur la muraille. Un grognement sourd lui échappa. Je ne m'étais pas trompé. La couche de lave incandescente avait disparu. La température baissait sensiblement. Nous marchions maintenant dans une roche froide et obscure.
« Axel, murmura mon oncle d'un ton grave, nous sommes perdus.
— Perdus ? balbutiai-je en frissonnant.
— Oui. J'ai fait un erreur. Cette galerie ne mène nulle part. Nous sommes revenus sur nos pas sans nous en rendre compte. Il faut rebrousser chemin, et vite ! »
Le découragement s'empara de moi. Rebrousser chemin ! Cela signifait des heures de marche supplémentaires, alors que nos forces étaient déjà au plus bas. Et surtout, une pensée terrible me traversa l'esprit.
« Oncle... », repris-je en hésitant.
« Parle !
— L'eau. Notre gourde est presque vide. »
Le professeur me regarda, et je vis une lueur d'inquiétude passer dans ses yeux. Il saisit la gourde, l'agita près de son oreille. Le léger clapotis qui en sortit était sinistre.
« C'est vrai, dit-il simplement. Il faut économiser ce qui nous reste. »
Nous fîmes demi-tour. La marche me parut alors mille fois plus pénible. La soif, une soif ardente, commençait à me dévorer la gorge. Chaque pas était un effort surhumain. Je pensais aux ruisseaux, aux fontaines, à la moindre goutte de rosée. Les souvenirs d'eau fraîche devenaient un véritable supplice.
Hans marchait toujours de son pas tranquille et régulier. Lui, semblait à l'abri de ces souffrances. Mon oncle, lui, avançait d'un pas rageur, serrant les poings. De temps à autre, il frappait la paroi du marteau de géologue, comme pour lui arracher un secret.
Soudain, je le vis s'arrêter et porter la gourde à ses lèvres. Il but une seule, minuscule gorgée. Puis il me tendit la gourde.
« À toi, dit-il.
— Mais oncle...
— Bois. Uniquement une gorgée. »
Je portai le récipient à ma bouche. Le liquide, tiède et rare, me parut être le nectar des dieux. Je dus lutter contre une envie folle de tout avaler. Je rendis la gourde à mon oncle, qui la donna à Hans. L'Islandais but à son tour, avec la même modération.
Il ne restait plus qu'un demi-litre d'eau pour trois hommes, au fond d'un gouffre dont nous ignorions la sortie.
La marche reprit, plus lente, plus douloureuse. Les heures s'écoulaient, marquées seulement par le tic-tac de nos montres. Le tunnel semblait ne plus devoir finir. Parfois, je m'appuyais contre la paroi froide, cherchant en vain un peu d'humidité. Mon oncle, devant moi, chancelait légèrement. Seul Hans conservait son calme imperturbable.
Je commençais à voir des choses étranges, des hallucinations dues à la fatigue et à la soif. Je croyais entendre le murmure d'un ruisseau... Je voyais des lacs étincelants qui s'évaporaient quand j'approchais... La réalité était là, implacable : nous étions trois hommes, perdus dans les ténèbres, avec pour seule richesse quelques gorgées d'une eau précieuse qui allait bientôt disparaître.
Combien de temps pourrions-nous tenir ainsi ? La question tournait dans ma tête, obsédante, tandis que mes pieds me portaient mécaniquement dans cette nuit éternelle.
